Les hommes sont-ils tous des violeurs ? Probablement.


Chaque jour les médias nous informent que telle ou telle célébrité masculine a commis des actes de harcèlement ou d'agression sexuelle, en général dans l'impunité la plus totale. Leurs complices s'égosillent immédiatement : "fausses accusations !" et nous ordonnent de "séparer l'homme de l'artiste" alors qu'ils sont, par définition, la même personne. Fermez les yeux mesdames ! Il règne alors comme un air de panique. Ils nous supplieraient presque de continuer à vénérer des Polanski, Chaplin, Tarantino, Presley, Nicholson, Depardieu, Brown, Van Gogh, Bowie j'en passe et des meilleurs. Après tout, si toutes les femmes se mettaient à boycotter les "artistes" masculins alors leurs comptes en banque en pâtiraient. Et puis, la dénonciation féminine rend toujours les hommes fébriles : qui sera le prochain sur la liste ? Ils savent qu'attaquer l'un c'est les attaquer tous.


Certaines femmes sont sempiternellement déçues par l'annonce d'hommes célèbres qui se révèlent être de véritables ordures. Ca n'arriverait pas si elles partaient de l'apriori que chaque homme est un violeur jusqu'à preuve du contraire plutôt que l'inverse. Une vision des choses à mon avis plus réaliste.


Quel homme n'a pas, dans son enfance ou adolescence, harcelé ou même agressé sexuellement les filles de son école ? Amnésie collective ou bien est-ce que la mode des "mains aux fesses" n'était qu'une hallucination de ma part ? Personne n'en parle. Ces mêmes hommes qui font pression sur leurs copines pour "perdre leur virginité" à tout prix. Elle est mal à l'aise, il le sait, il insiste quand même. Il va donc réitérer ce comportement tout au long de sa vie avec ses compagnes. Manipulées, harcelées, intoxiquées, intimidées pour qu'elles acceptent ce qu'elles ne veulent pas.


D'autres couples le font ! Allez ! Essaye ! Pour moi ! Je te laisserai pas dormir tant qu'on ne l'a pas fait ! Je vais le faire avec une autre femme si tu ne dis pas oui ! Regarde, ils le font dans cette vidéo porno ! Bois un verre de vin ! Tu finira par aimer ! Essaye juste ! Sois pas si coincée ! Notre vie sexuelle est ennuyeuse ! D'autres femmes le font pour leurs maris ! Les hommes ont des besoins ! Tu as promis ! Tu as dit oui plus tôt ! Je suis en manque ! Pour regarder tes séries t'es pas fatiguée ! "Les enfants, les enfants, les enfants" une femme doit aussi s'occuper de son homme ! Regarde comme je suis excité ! Allez !


Si la femme en question abdique et qu'il a des relations sexuelles avec elle, alors il la viole. Il n'y a pas d'autre mot pour décrire la situation. C'est un viol. Il sait qu'elle ne veut pas, il s'impose quand même. Et quel homme n'a pas déjà fait ça ? Quel homme n'a pas déjà fait pression sur sa compagne pour qu'un non se transforme en oui, ou bien en un sombre silence ? Ce sont les viols les plus courants, les viols conjugaux, les viols en théorie punissables par la loi mais dans les faits totalement ignorés. Même la victime préfèrera se dire que ce n'est pas un viol, qu'elle a fait son "devoir" d'épouse, qu'après tout "priver" un homme de sexe est une forme de maltraitance, de violence conjugale même, selon ces messieurs. Parfois elle lui demande d'arrêter pendant le rapport sexuel et il refuse ou fait mine de ne pas l'entendre. Elle n'ose souvent pas insister et préfère le laisser continuer car... et si jamais il se met à la forcer physiquement ? Alors le viol devient plus flagrant. Aucune femme ne veut être une victime de viol. Même si les antiféministes aiment à prétendre que "de nos jours, on ne peut plus parler à une femme sans qu'elle crie au viol", la vérité est que les femmes font tout pour ne pas considérer ce qu'elles vivent comme un harcèlement ou une agression sexuelle. Elles sont les premières à se dire qu'elles exagèrent. Mais les faits sont les faits.


Les féministes parlent souvent de la culture du viol mais y incluent rarement un comportement si accepté et commun qu'il figure souvent dans les films sous forme de plaisanterie : le fameux homme qui fait croire à une femme qu'il s'intéresse à sa personnalité puis disparait après avoir couché avec elle. "J'essaye de le joindre mais il ne répond pas, est-ce qu'il s'est servi de moi ?" Oui, il s'est servi de toi. Les anglais ont un terme assez adéquat pour ce genre de situation : rape by deception ou viol par tromperie. Lorsqu'un homme ment pour obtenir le consentement d'une femme. On peut citer le cas d'un homme qui promet d'utiliser un préservatif mais fait seulement semblant de le faire. Ou d'un client de prostitution qui s'enfuit sans payer. Mais on peut aussi y inclure la forme la plus commune de viol par tromperie qui consiste à faire croire à une femme qu'on la voit comme autre chose qu'un objet sexuel. Que l'on a pas l'intention de la jeter à la poubelle dès lors qu'on a pénétré son vagin. Il sait très bien qu'elle n'acceptera pas de coucher avec lui si elle le sait, c'est pourquoi il ment. Le consentement dépend ici d'une déformation de la réalité. Le consentement n'est donc pas réel.


Et que dire de tous les hommes qui offrent des verres d'alcool aux femmes pour profiter d'un esprit enivré ? De tous les hommes qui violent leurs compagnes pendant leur sommeil, souvent après une prise de somnifère pour soulager des douleurs chroniques ? De tous les hommes qui vont chercher des femmes pauvres et acheter un "oui" à toutes les horreurs qui les font fantasmer ? De tous les hommes qui violent leurs propres filles, qu'elles aient 3 semaines ou 9 ans ? De tous les hommes qui épousent des enfants ? De tous les hommes qui violent aussi des garçons et des animaux ? De tous les hommes qui violent en groupe et se filment ? De tous les hommes qui violent jusqu'à ce que mort s'en suive ? De tous les hommes qui se masturbent devant des vidéos de tout ce que je viens de citer ? Ces derniers se défendent souvent : "Pourquoi tu m'emmerdes avec ça ? Tous les hommes regardent ce genre de vidéos !" C'est bien le problème. Tous nos voisins de paliers, nos célébrités, nos hommes politiques, nos policiers, nos pompiers, nos collègues, nos frères, nos pères, nos oncles, nos professeurs, nos docteurs, nos compagnons, nos amis.


Alors lorsque je vois un énième gros titre, "untel accusé de viol", je soupire simplement. Ce qui me choquerai, au contraire, serait de rencontrer un homme, un seul, qui n'a jamais rien fait de listé dans cet article. Quand bien même, sa complicité passive n'en ferait pas un homme bien.



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