Génération Porno

L'industrie du porno a complètement envahie notre culture et avec une rapidité qui suggère que la gente masculine attendait fébrilement le moment où leur violence sexuelle pourrait s'exprimer sans retenue. Les capitalistes, quant à eux, n'ont pas attendu. S'il faut terroriser en masse pour se faire du blé, alors advienne que pourra.


Le terme pornographie signifie littéralement "la représentation de putes" en grecque. Les prostituées de l'époque étaient appelées pornē, un terme insultant inspiré de pernemi (vendre) et qui signifie "pute à vendre". Elles étaient la propriété des hommes : des esclaves, des petites filles abandonnées, des prisonnières de guerres, des veuves sans argent, vendues et violées dans des lieux ainsi appelés porneion. Aujourd'hui, les porneion sont à la porté de tous, même des enfants, en seulement quelques cliques. Et ils rapportent bien plus d'argent aux hommes qu'autrefois, puisque leurs profits se comptent maintenant en milliards de dollars ; le proxénétisme, non seulement ça paye mais c'est légal, du moment qu'une caméra enregistre les viols que tu facilites.


Il n'y a pas si longtemps, la pornographie était reléguée aux occasionnels sex-shops considérés par la plupart des gens comme des lieux glauques vendant, entre autres, des cassettes vidéos et des magazines que les acheteurs s'empressaient de cacher avec honte. Car si une femme devait tomber dessus, nul doute qu'elle réagirait avec dégout et colère, obligeant le "pervers" à se séparer de sa sinistre collection. Aujourd'hui lorsqu'une femme ose se plaindre de la consommation de porno de son conjoint, elle se voit répondre : "tous les hommes le font", "y'a pas de mal", "c'est normal", "c'est sexy", "tu devrais t'en inspirer", "ta réaction est exagérée", "moi je regarde du porno avec mon mec", "c'est toi le problème". Désemparée, ces femmes finissent par accepter l'inacceptable.


La situation est d'autant plus choquante que, de nos jours, les hommes ne se masturbent plus devant des photos de femmes dénudées. Ils se masturbent devant des vidéos de viols en réunion. Des vidéos dans lesquelles des hommes crachent sur les femmes, les étranglent et les sodomisent en les traitant de chiennes. Sadisme, inceste, pédophilie, misogynie et racisme sont le lot commun des vidéos pornographiques les plus populaires. Ce qui autrefois était considéré comme "extrême", "pervers" et même illégal, est aujourd'hui un loisir comme les autres. Autrement dit, la violence sexuelle des hommes est devenue une banalité, voire pire, un divertissement qu'ils s'empressent de filmer.


Alors dans ce contexte là, oui, les hommes et les garçons sont devenus plus cruels. Pour rendre cette cruauté supportable, les femmes (et en particulier les plus jeunes, qui n'ont pas connu une culture autre que pornographique) déclarent maintenant être à l'initiative du sadisme masculin ; "c'est mon choix", "j'aime ça", "je suis une salope", "je me réapproprie cette violence". Tous les hommes pensent que je ne suis qu'un "sac à foutre" ? Eh bien oui, j'en suis un en fait ! J'aime l'humiliation, j'en redemande ! Je ne suis pas victimisée, c'est ma nature, je contrôle parfaitement la situation ! Elles tentent, tant bien que mal, de rationaliser la misogynie ambiante, les comportements masculins qui les sidèrent, la violence quotidienne. Elles essayent de tricoter autour du problème, car le problème est large et immonde à regarder en face. C'est ainsi que les mêmes personnes qui condamnent la "culture du viol" ne voient aucune objection à ce qu'un homme simule un viol pour éjaculer ou se masturbe devant des vidéos intitulées "papa punit sa fille pendant que maman est pas là".


Le résultat, c'est une génération de femmes et de filles absolument submergées par les effets d'un syndrome post-traumatique généralisé. Des jeunes femmes qu'on diagnostique dépressives, anorexiques, transgenres, borderlines ou narcissiques. Des jeunes femmes qui sont "folles" de ne pas arriver à s'intégrer à une société qui leur est hostile, folles de devoir vivre comme des proies. Comment vivre dans une société où chaque garçon se masturbe devant des vidéos de femmes torturées ? Qui montre des signes de folie sinon celui qui jouit, littéralement, de la souffrance d'autrui ? Si cette génération de femmes est dépressive, celle des hommes est entièrement sociopathique.





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