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Féminité et Misogynie

La féminité peut signifier deux choses : ce qui est spécifique aux femme et les pratiques misogynes que les hommes nous imposent. La langue française est décidément si bien faite que les hommes nous ont volé le vocabulaire même censé nous décrire, prétendant ainsi que leurs injonctions sexistes sont en fait l'expression de notre nature profonde. Pour la plupart des françaises, être "féminine" ne signifie pas être un être humain de sexe féminin. Cela signifie : être douce (ne pas hausser la voix, ne pas s'asseoir les jambes écartées, ne pas être ambitieuse) avoir modifié son apparence (cacher ses cheveux blancs, se peindre le visage, rehausser sa poitrine, faire disparaître ses poils) et se mettre au service des hommes (faire la cuisine, faire des enfants, faire le ménage, porter de la lingerie sexy au lit). Voilà une femme féminine.


Selon cette définition, la féminité a pour objectif principal d'inventer ou d'exagérer des différences sexuelles qui servent à renforcer le statut dominant des hommes et à afficher, ou même créer, une dépendance vis à vis d'eux.



La féminité glorifie la vulnérabilité, la faiblesse, la naïveté et la jeunesse (souvent pré-pubère). Les larmes sont fortement encouragées, permettant de faire dévier la colère des femmes, si bien que beaucoup d'entre elles ne savent exprimer leurs émotions que par des larmes involontaires. La féminité infantilise les femmes. Sais-tu marcher sur tes deux jambes ? Alors porte donc des talons aiguilles et transforme un acte du quotidien en un parcours d'obstacle. As-tu des poils sur le corps ? Efface les et retrouve ton corps d'enfant. Quant aux vertus dîtes "féminines", elles sont toujours l'expression d'un manque d'ambition personnelle. La seule arène compétitive autorisée aux femmes est précisément celle de la féminité : faire comme les autres femmes, faire mieux que les autres femmes, devenir l'idéal féminin. Une guerre interne pour satisfaire les hommes.


Certaines femmes me disent que non, elles ne sont pas féminines pour les hommes, elles le sont parce qu'elles aiment ça et que c'est leur choix personnel (c'est aussi le "choix personnel" de la quasi totalité des femmes, étrangement). Il est pourtant assez révélateur d'observer que les femmes lesbiennes sont celles qui rejettent la féminité le plus couramment, ce qui coïncide avec le fait qu'elles ne cherchent pas à plaire aux hommes sexuellement. En revanche, les hommes gays sont ceux qui adoptent des pratiques féminines le plus couramment, ce qui coïncide avec le fait qu'ils cherchent à plaire aux hommes sexuellement.

Alors ce "choix personnel" pourrait-il bien être guidé ?


Le monde sourit favorablement à la femme féminine : il lui distille quelques courtoisies et privilèges. Et pourtant l'ironie est grande, car une femme ne peut être féminine qu'en acceptant des restrictions. La pire restriction étant probablement celle de l'esprit, car une femme féminine se regarde vivre parfois plus qu'elle ne vit. Ses pensées sont sans cesse polluées par des préoccupations paralysantes, surveillant en permanence son apparence et l'impression qu'elle donne, comme un réflexe, une angoisse qui l'empêche de s'oublier, de vivre l'instant présent, de penser librement. Les gestes du quotidien sont mesurés, comparés et souvent dévalorisés. Elle sort de son corps pour s'observer. Son existence devient théâtrale.


La féminité s'étend devant nous comme une immense collection de compromis. Elle demande toujours plus. Et les écarts sont punis promptement, car être insuffisamment féminine est perçue comme une défaillance profonde de son essence sexuelle et une forme de paresse ou de haine de soi. Pire, elle est le signe d'un désintérêt vis à vis des hommes, crime suprême s'il en est. La femme qui ne joue pas son rôle ou le joue mal sera jugée (et se jugera) masculine, frigide et moche. Elle sera diabolisée en des termes étrangement similaires à ceux utilisés pour décrire les sorcières d'autrefois.


La féminité permet aux hommes de briller par contraste. Elle leur offre un piédestal immérité et leur permet de respirer librement se sentant plus forts, plus sages et plus compétents par comparaison. C'est probablement le but principal de la féminité : justifier la domination des hommes sur les femmes en permettant aux hommes d'afficher une supériorité artificielle. Ces derniers apprécient donc tout particulièrement la femme qui dépense beaucoup de temps, d'énergie et d'argent à créer un être humain qui apparaît, agit, sent et pense si différemment d'eux. Voilà non seulement une femme qui se soucie grandement de l'opinion des hommes et qui respecte leurs injonctions, mais surtout une femme qui va les faire paraître meilleurs qu'ils ne le sont sans qu'ils n'aient à lever le petit doigt. Bravo et merci. Puis ils font volte face et l'accusent d'être superficielle et puérile, des traits de caractère qu'ils déclarent ensuite "innés" chez elle. La boucle est bouclée.


Presque toutes les civilisations humaines ont tenté d'imposer un modèle uniforme au corps des femmes, une esthétique féminine qui entrave la solidité de nos corps en réarrangeant, accentuant ou réduisant drastiquement une portion de notre anatomie, l'expression naturelle de sa chaire.


Au cours des siècles derniers, la femme a eu le devoir de subir et porter des inventions douloureuses et immobilisantes, lui coupant le souffle et écourtant ses pas en écrasant certaines parties de son corps - la taille, l'abdomen, la cage thoracique, le cou ou les pieds - pensant qu'ainsi elle améliorait et rehaussait son apparence imparfaite, son physique naturel informe et hideux. En Asie, elle fut soumise à la ceinture japonaise Obi, aux anneaux dorés qui allongent le cou en Birmanie ou aux pieds bandés jusqu'au sang en Chine. En Occident, elle portait le corset comme une cage autour du torse faite d'os de baleines. Chaque invention l'affaiblissait et limitait sa liberté de mouvement, la forçant à se déplacer avec grâce dans un véritable champs de mines. Elle percevait ces instruments comme un symbole de son statut et un impératif moral indiquant ses bonnes manières. Mais les hommes, eux, considéraient ces étaux comme des objets érotiques. Aujourd'hui les femmes pensent que la féminité est un choix personnel, un loisir et une nécessité hygiénique et les hommes demeurent profondément excités par la vue d'une femme entravée.




Les pieds bandés des femmes chinoises représentent parfaitement la féminité. Les hommes ont isolé une partie du corps des femmes et exagéré une différence sexuelle (les pieds des femmes sont généralement plus petits que ceux des hommes) au point de déformer nos corps et de faire d'un acte routinier et naturel (se déplacer) un handicape. Par contraste, les hommes apparaissaient donc plus stables (littéralement) et compétents. Les femmes chinoises ainsi handicapées, souffrantes et mutilées, devinrent dépendantes des hommes.


Et en retour, les hommes vouaient un fétiche sexuel à la torture qu'ils infligeaient aux femmes puisque le pied ainsi déformé et la chaussure, le sang et le pu qui allaient avec étaient idolâtrés et perçus comme un objet érotique par ces messieurs. Aujourd'hui, leur fétiche n'est plus le pied bandé mais les talons aguilles ou, pour les "intellectuels", la pointe de ballet. D'ailleurs, lorsque les femmes ne sont pas encouragées à porter des talons, on leur suggère à la place des "ballerines".



De manière générale, la masculinité ne requiert pas l'utilisation d'instruments douloureux et, en observant l'histoire des êtres humains, on se rend compte que les hommes ont très peu modifié leurs corps pour plaire aux femmes. La musculation, si prisée par les hommes, est traditionnellement perçue comme le simple résultat d'un travail physique qui apporte une force utile dans la vie. En revanche, les bodybuilders poussent la musculation jusqu'à défier le naturel et sont donc moqués : un homme n'a pas besoin de trafiquer son corps pour être attirant, il a bien d'autres façons de prouver sa valeur.


Historiquement, les seins des femmes ont été remontés et poussés vers l'avant, comme deux oranges offertes sur un plat, mais aussi aplatis, brûlés, séparés de force, immobilisés, entassés, tranchés et remplis d'implants siliconés. Bien qu'ils soient logés sur son corps, une fille découvre dès le pointement de sa puberté que ses seins sont réclamés par d'autres. Les grosses poitrines sont idéalisées en occident, à condition d'être fermes et hautes, symboles de jeunesse. Mais une forte poitrine ne peut défier la loi de la gravité sans être enfoncée dans un soutien-gorge ou remplie de silicone. Les vêtements fabriqués pour les femme ne prennent jamais en compte les lourds seins qui pendent et nous ne les voyons que rarement exposés à la vue. Une différence notable avec l'art africain, cependant, que les femmes occidentales ne retrouveront que dans des photographies "exotiques" de National Geographic.


Alors qui peut blâmer les femmes lorsqu'elles expriment de la rancœur vis à vis de leurs propres seins ? Non, les seins qui pendent ne sont pas sexy ou beaux car ils rappellent trop aux hommes l'aspect animal de leur fonction. Les hommes ne veulent pas s'attarder sur l'idée que les seins ressemblent à des mamelles, que les seins sont des mamelles et qu'ils n'existent pas pour leur faire plaisir. Quelle ironie de constater que ceux qui s'énervent devant la vue d'une maman allaitant son bébé sont les mêmes qui aiment voir un décolleté profond dans une robe de soirée.


"Vous avez une très belle poitrine", m'a dit un client il y a quelques années. Lorsque je lui ai répondu que je ne souhaitais pas recevoir ce type de commentaire, il m'a expliqué qu'il était parfaitement dans son droit de me faire savoir que mes seins le satisfaisait : "ça fait plaisir à voir." Tout le travail que j'étais en train d'effectuer pour lui, et que je m'efforçais de bien faire, fut réduit à néant et je fus remise à ma place en un instant : celle d'objet sexuel.


Les termes inventés par les hommes pour parler de nos seins sonnent comme d'hostiles jugements, voire même des insultes : nichons, gros nibars, tétasses, tétés, roberts, pare-chocs, miches, lolos, roploplos etc. Et après des années d'obsession frénétique, ils étaient tellement certains d'avoir colonisé nos seins que, lorsqu'en 1960 certaines femmes américaines osèrent sortirent sans soutien-gorge, ils réagirent avec une colère intense, manifestée par des huées et insultes dans la rue. C'était comme si les hommes s'étaient mis à penser que retirer la brassière d'une femme était leur droit et privilège. Dans leurs têtes, nos corps sont leur propriété et chacun de nos actes doit d'abord recevoir leur approbation.



Les femmes sont aussi en guerre avec leurs propres cheveux durant la majeur partie de leurs vies. Trop frisés, trop plats, trop gras, trop secs, trop fourchus, trop crépis, trop fins, trop blancs, trop indomptables. Il nous faut les lisser, les brûler, les boucler, les coiffer, les teindre, les attacher et de préférence les laisser longs tels que les hommes les préfèrent. Après tout, Dieu lui même préconise une longue chevelure pour les femmes (symbole de soumission) et une chevelure courte pour les hommes.

Ne paraît-il pas naturel à tout le monde que c’est une indignité pour un homme de porter des cheveux longs mais qu’une longue chevelure fait honneur à la femme ? Car la chevelure lui a été donnée pour lui servir de voile. L’homme ne doit pas avoir la tête couverte, puis qu’il est l’image de Dieu et reflète sa gloire. La femme, elle, est la gloire de l’homme. En effet, l’homme n’a pas été tiré de la femme, mais la femme de l’homme, et l’homme n’a pas été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme, voilà pourquoi la femme doit porter sur la tête un signe de son autorité. (Corinthiens 11)

En réalité, le christianisme suivait là une tradition patriarcale qui existait déjà : les femmes devaient afficher leur place dans l'ordre social en gardant une chevelure longue et/ou en portant un voile. C'était aussi une manière de signaler qu'elles appartenaient à un homme, contrairement aux prostituées qui étaient interdites de porter le voile. De nos jours le voile, aussi bien catholique que musulman, continue de représenter la modestie et l’infériorité des femmes par rapport aux hommes et à Dieu.


C'est donc sans surprise que les hommes perçoivent encore aujourd'hui l'acte bénin pour une femme de se découvrir la tête ou de se détacher les cheveux comme un acte érotique, un acte de séduction, de désinhibition et un symbole de sexualité féminine débridée. Dans ces circonstances, le fait de raser la tête des femmes en guise de punition et d'humiliation, comme l'ont subi (entre autres) les femmes accusées d'avoir collaboré avec les allemands durant la seconde guerre mondiale, prend tout son sens.


Au fil des siècles, le culte de la blondeur s'est associé au culte de la chevelure longue pour créer l'archétype misogyne de la bimbo sans cervelle. Pendant ce temps, les femmes sont priées de fantasmer sur un prince charmant brun et mystérieux au regard impénétrable. La blonde, elle, est désirable parce que sa blondeur est synonyme d'innocence, de naïveté et de jeunesse (beaucoup d'enfants débutent leurs vies avec des cheveux blonds qui changent progressivement de couleur). Elle contraste avec l'intensité de la femme brune qui représente un fort caractère, une ethnicité non blanche et une pilosité corporelle plus visible. Si la blondeur est un signe d’infériorité intellectuelle alors cela explique pourquoi l'on retrouve autant de femmes blondes en position de pouvoir dans les pays occidentaux. La blondeur joue ici le même rôle que celui de la féminité chez les femmes d'un statut social plus élevé (qui sont en général plus féminines que la moyenne) : c'est un signe d'apaisement et un rappel que, malgré tout, elles n'oublient pas quelle est leur place. Ce déséquilibre est particulièrement flagrant à la télévision où les présentatrices blondes restent la préférence. La mode de la teinture blonde chez les femmes fait donc parti de l’attirail féminin qui permet d'afficher notre infériorité aux hommes (qui eux mêmes encouragent grandement cette pratique) et les femmes blondes sont aussi sur-représentées dans l'industrie de la pornographie.


Si le but de la féminité est de marquer les femmes comme inférieures et de minimiser l'aspect fonctionnel de nos corps en créant des distinctions sexuelles handicapantes, alors il semble parfaitement logique que des institutions patriarcales encouragent le port de vêtements différents en fonction de notre sexe.


Une femme ne portera point un habillement d'homme, et un homme ne mettra point des vêtements de femme; car quiconque fait ces choses est en abomination à l'Eternel, ton Dieu. - Deutéronome 22:5, La Bible


C'est aussi avantageux d'un point de vue capitaliste. Papa et maman ne peuvent pas donner le T-shirt de la grande sœur à son petit frère, maintenant qu'il est trop petit pour elle, car c'est un T-shirt pour fille, il faut lui en acheter un pour garçon et donc acheter deux T-shirts plutôt qu'un. Cette logique peut s'étendre à tous les domaines : si les femmes ont des cheveux différents des hommes, il est donc normal d'acheter un shampoing pour monsieur et deux shampoings ainsi que deux après shampoings, une crème et un soin pour madame.

Si les poupées sont données aux petites filles pour les entraîner à vouloir devenir mère, elles servent aussi à nous entraîner à devenir des consommatrices. Toutes ces heures passées à habiller, coiffer et maquiller Barbie font offices de formation et si les femmes perdaient leurs passion pour le shopping, l'économie capitaliste en pâtirai grandement.


Porter des vêtements féminins revient à accepter une forme de masochisme. Les vêtements crées pour les femmes ne sont en fait pas fait pour les femmes. Ils sont fait pour les hommes.


Les vêtements féminins poussent à une vigilance permanente et à la mesure du moindre mouvement, encourageant des gestes plus petits et des postures recroquevillées. Qui peut bouger librement en portant des collants prêts à se déchirer au moindre pas. Avec l'influence de la pornographie, les vêtements féminins deviennent chaque jour un peu plus moulants ; vous ne pouvez pas voir la courbe des fesses des hommes lorsqu'ils marchent dans la rue, mais vous pouvez toujours voir celle des femmes. Ces dernières doivent donc vivre avec le sentiment d'être exposées, presque nues (et donc laides). Il n'est pas rare de voir un homme commenter que les vêtements d'une femme sont si moulants qu'elle est à ses yeux comme nue devant lui. Le corps des femmes est sans cesse jaugé par le regard lubrique des hommes, alors elles rentrent leurs ventres parfois sans même y penser, tirent sur leurs T-shirts qui remontent sans arrêt, prennent des précautions pour ne pas révéler le bas de leurs dos ou leurs fesses en se baissant. Même les vêtements de sports, censés permettre un plus grand confort et une plus grande liberté de mouvement, sont si moulants que l'on peut voir la forme de nos sous-vêtements à travers.


Les jupes et robes modernes empêchent une démarche rapide, de s'asseoir comme bon nous semble et demandent une attention constante. Un coup de vent peut nous être fatal ; ce n'est pas pour rien que les hommes ont adoré voir Marilyn Monroe essayer avec peine de couvrir son corps en passant sur une plaque d'égout soufflant sous sa robe.


Cette photo les fit tellement fantasmer qu'elle est devenue un symbole culturel, reproduite de toutes les manières imaginables, comme une célébration de la féminité parfaite : blonde, vulnérable, puérile. Un homme viendra-t-il la sauver d'elle même ?


Les vêtements sont censés rendre la vie plus simple pour la personne qui les portent. Il n'y a qu'à voir ceux des hommes : amples, fonctionnels, confortables et... avec des poches. Les vêtements pour femmes n'ont traditionnellement pas de poches. Lorsqu'elles en ont, ces dernières sont soit minuscules, soit fausses. Porter des objets dans ses poches rend la silhouette d'une femme moins visible et gracieuse. Il vaut mieux qu'elle s'encombre d'un sac à main (plus coûteux et facile à voler). Certaines femmes ont tellement l'habitude d'avoir les mains et les bras encombrés que lorsque, par chance, ce n'est pas le cas, elles se sentent d'une légèreté troublante et ne savent plus comment se tenir.


De nos jours, certaines personnes se réclamant du féminisme encouragent les femmes à "porter ce qu'elles veulent", ajoutant que montrer son corps n'est pas être une "salope" ou bien qu'être une "salope" n'est pas une mauvaise chose. Les libéraux américains se sont empressés d'inventer "La marche des salopes" (Slut Walk), avec des slogans affligeants de misogynie cherchant à prétendre que porter des vêtements révélateurs (ou porter peu de vêtements) est un acte dépolitisé.


Dans un monde idéal, bien sûr que les femmes devraient avoir la possibilité de porter les vêtements qu'elles souhaitent, sans être jugées, recevoir d'insultes ou être agressées sexuellement. Nous disons souvent que les hommes ne violent pas en fonction des vêtements qu'une femme porte, qu'un vêtement n'est pas une invitation au viol... c'est partiellement vrai. Les hommes violent en effet sans faire grand cas des vêtements portés par la victime. Après tout, ils violent le plus souvent leurs propres compagnes ou enfants. Mais ce constat ne doit pas rendre invisible le fait que les vêtements fabriqués pour les femmes ont aussi pour objectif de titiller les hommes et de nous rendre vulnérables et attirantes... et donc d'attirer les hommes, que nous le voulions ou non. Les femmes ne s'en rendent pas toujours compte, mais les hommes en sont parfaitement conscient : la mode féminine existe pour exciter la gente masculine.


Ainsi, beaucoup de femmes portent des vêtements sans même avoir conscience de la charge symbolique et érotique/pornographique de ces derniers. Certaines femmes savent que la robe blanche de la mariée représente sa sexualité (vierge), mais la plupart ne sait pas que lorsque son futur mari retire le joli voile qu'elle porte sur la tête à la fin de la cérémonie, cela signifie qu'il révèle son sexe et s'attribue le droit de la déflorer (avec la permission du papa qui accompagne sa fille pour l'offrir à un autre homme). Ces accoutrements sont donc des symboles historiques de l'esclavage des femmes.


Il en va de même pour toutes les pratiques féminines issues de la pornographie et dont bon nombre de femmes ignore complètement les origines.



Les talons aiguilles, les vêtements en résille ou transparents, les cuissardes, les pantalons en cuir, les boucles et lacets décoratifs, les corsets modernes, les strings, les chaussettes qui montent jusqu'aux cuisses, les piercings au nombril, sur les seins, sur la langue, les tatouages au bas du dos, la lingerie "pour femme", l'épilation, la chirurgie "esthétique", les décolletés, les mini-jupes, etc. viennent essentiellement du porno. L'industrie de la pornographie (autrement dit de la prostitution filmée) dicte aujourd'hui ce qui sera à la mode demain. Les réalisateurs et photographes de pornographie (autrement dit des proxénètes) travaillent main dans la main avec les grands créateurs de modes, les artistes musicaux, le cinéma, les séries de télé, la publicité et le divertissement en général. La pornographie est devenue si banale que nous sommes chaque jour bombardées de publicités qu'il y a deux décennies auraient été considérées obscènes et violentes.


En me connectant sur Facebook récemment, j'ai eu droit à cette publicité pour jeans.

Nous avons là un gros plan sur les fesses d'une femme qui se cambre, le jean est si moulant qu'elle pourrait tout aussi bien être nue, elle ne porte pas de T-shirt. Entre ses jambes est écrit en majuscule "HARDCORE", vocabulaire pornographique qui fait référence à une vidéo porno violente, ainsi que le terme "RAW" qui veut dire "cru" et est aussi utilisé en pornographie pour parler d'une pénétration sans préservatif.


Dans ce contexte là, qui peut se prétendre surprise de voir des adolescentes se rendre au collège avec un agenda ou un sac à dos Playboy ? Playboy, le média pornographique dont le créateur a affirmé que les femmes "sont des objets sexuels" et des "chiennes". Et qui peut se prétendre surprise de voir des strings pour petites filles ? Ou des chaussures à talons pour bébés ? Et quid de la mode aux énormes fesses rebondies, aux poitrines gonflées qui ne connaissent pas la loi de la gravité, aux énormes lèvres buccales et aux invisibles lèvres vulvaires découpées au scalpel, aux pubis imberbes ? Quid de toutes ces pratiques sexuelles dégradantes que les garçons exigent maintenant de toutes les filles qui acceptent bon gré mal gré de partager leurs lits ?



Une autre forme de différence sexuelle exagérée réside dans notre façon de parler. Les femmes et les hommes ont des tonalités de voix différentes. Cet écart s'explique partiellement par la puberté, mais il s'agit aussi d'un conditionnement sexiste. C'est à dire que lorsque l'on observe les cordes vocales des femmes et des hommes on se rend compte que la différence que l'on entend est plus forte qu'elle ne le devrait. En fait, les hommes parlent comme s'ils voulaient paraître plus grand qu'ils ne le sont alors que les femmes cherchent à se faire plus petites. Les femmes parlent souvent plus doucement et avec une voix plus aigue en public, en particulier face à des hommes. Leurs voix naturelles sont généralement plus grave que ce qu'elles laissent entendre.


Outre la tonalité, une différence s'observe aussi dans la façon de parler, la musicalité, le rythme de la voix. Les femmes expriment plus d'émotion, d'hésitation, de politesse, de surprise et d'enthousiasme dans leurs voix. Elles ont aussi tendance à tourner des phrases qui auraient du être déclaratives en questions, attendant une approbation. Les hommes hétérosexuels, eux, utilisent un registre monotone, des affirmations brèves et des phrases qu'ils terminent sur les notes les plus graves possibles. Ils sont plus enclins à donner des ordres tandis que les femmes s'excuseront presque de demander un service.


Les hommes ont attribué aux femmes un stéréotype qui persiste encore aujourd'hui : elles sont bavardes. En réalité, toutes les études montrent que les femmes parlent beaucoup moins que les hommes. Mais ces derniers ne supportent tellement pas d'entendre une femme s'exprimer que même lorsqu'ils parlent plus qu'elle, ils restent persuadés qu'elle a parlé autant ou plus qu'eux. Une analyse systématique d'enregistrement de conversations entre des hommes et des femmes a montré que les hommes étaient aussi ceux qui parlaient le plus longtemps. Ils coupent la parole des femmes constamment et celles-ci se laissent couper la parole. En revanche, elles ne coupent pas la parole des hommes ; en effet, sur toutes les conversations analysées, seulement 2% des interruptions enregistrées furent le fait d'une femme. L'une des raisons pour lesquelles les hommes se permettent de couper la parole des femmes (et que personne ne le leur reproche ou même ne s'en rend compte) est que contrairement aux femmes, les hommes sont encouragés et entrainés à être verbalement agressifs. Plus important encore, les garçons grandissent en étant persuadés qu'ils ont des choses importantes à dire, qu'en vertu de leur sexe leur point de vue doit dominer sur celui des femmes. Ils ont raison, elles ont tort, le masculin l'emporte sur le féminin. Il est fascinant d'observer que les hommes aiment à s'épancher et donner leur avis, en long, en large et travers, même sur des sujets auxquels ils ne connaissent rien et alors même que la femme à laquelle ils s'adressent est une experte sur le sujet. Le terme "mansplaining" a été inspiré par la première anecdote du livre "'Men Explain Things to Me" dans laquelle un homme se met à expliquer un livre à une femme, sans prendre en compte le fait qu'elle en est l'autrice. En contraste avec l'arrogance masculine, les femmes sont encouragées à être à l'écoute et à se donner l'air naïf et impressionné pour satisfaire l'égo des hommes. Dans une émission de télé-réalité sud coréenne visant à mettre en couple des célébrités, une jeune femme se vue réprimandée car elle n'avait pas fait semblant d'être nulle durant les activités sportives avec son rancard et avait donc flétrit sa virilité en étant meilleure que lui. La conclusion des présentateurs fut qu'elle ne savait pas flirter et aurait du prétendre avoir besoin de son aide.


Une voix plus grave et plus forte peut facilement étouffer celle d'une femme. Elle devra souvent hausser la voix pour se faire entendre, et lors d'une dispute finir par devoir crier pour outrepasser la voix d'un homme. Il paraitra donc plus raisonnable face à elle. Il n'est pas féminin de crier, de siffler, de roter, de cracher, de faire du bruit en mangeant (de manger tout court, soyons honnête), de faire des bruits étranges ou de prendre des voix drôles, de faire des grimaces. Il n'est pas étonnant que la plupart des stand up comédiens soient des hommes. De plus, pour faire de l'humour il faut prendre des risques et être agressive, être prête à se tenir au centre de la scène, à parler sans être interrompue et à délivrer une bonne punch line (punch = coup de poing, pas très féminin). Même si nous sommes encouragées à sourire (parfois sous peine de violence physique par de purs étrangers dans la rue) et de rire élégamment aux blagues moisies des hommes, rire à gorge déployée est déconseillé. L'on aime pas voir les femmes s'oublier dans la joie et revêtir des traits qui ne sont pas ceux d'une poupée. Les femmes ont donc tendance à contenir leurs rires et à se couvrir la bouche, pratique très répandue en Asie de l'est.


Une autre pratique répandue en Asie de l'est consiste à se blanchir la peau. Les pop stars sud coréennes ou japonaises ont toutes une complexion beaucoup plus claire, parfois fantomatique, que le citoyen lambda. Au Japon, durant l'époque féodal, un visage rond et blanc était un symbole suprême de beauté et les travailleuses japonaises ont continué à utiliser des parasols et à se couvrir le visage pour ne pas bronzer bien après que les hommes n'aient abandonné ces pratiques pour eux mêmes. A cette époque, les travailleuses françaises et italiennes faisaient la même chose. Ce fétichisme s'est exporté dans le monde entier. Si bien que même dans les communautés noires aujourd'hui, les hommes expriment souvent une préférence pour les femmes métisses ou blanches. Plus une femme noire a la peau foncée, plus elle risque d'être mise à l'écart dans tous les métiers qui requiert d'être observée par un public : cinéma, musique, politique, télévision. Et même si cette discrimination raciste touche aussi les hommes, elle est beaucoup plus prévalente chez les femmes.


Les poètes européens n'ont eu de cesse d'aduler la pâleur des filles ; une peau crémeuse et des joues rosées, symboles d'aristocratie et de santé. Les hommes exprimaient là aussi une préférence pour l'innocence, l'inexpérience et la virginité. En plus de souligner la blancheur de la peau des filles qui les faisaient fantasmer, l'emphase était aussi mise sur sa délicatesse et sa vulnérabilité. Une peau douce comme celle d'une enfant, une peau ferme, une peau lisse, une peau neuve. Une peau qui n'est pas marquée par la vie. De nos jours, même les femmes d'une vingtaine d'année utilisent des crèmes "anti-âge". Les femmes plus âgées, elles, courent après une jeunesse perdue et gaspillent des montagnes d'argent dans des fontaines de jouvences artificielles.



Une femme féminine ne transpire pas, elle ne sent pas, elle n'a pas de cernes, pas de boutons, pas de poils, pas de cicatrices, pas de peau qui pend, pas de cellulite, pas de vergetures, pas de graisse, pas de rides, pas de taches de naissance, pas de veines visibles. En définitive : la peau d'une femme ne doit montrer aucun signe de maturité physique, d'effort, de mécontentement, de fatigue, de changements hormonaux ou de n'importe quel signe de vie.


Les femmes se tartinent donc le visage de maquillage, tout doit être recoloré ; les lèvres, les joues, les paupières. Tout doit être restructuré, il faut affiner le visage, rehausser les pommettes, affiner le nez, rendre les yeux plus gros, les lèvres plus larges et couvrir toute "imperfection". Et bien sûr, une fois ce long et couteux travail de déguisement effectué, il n'est pas recommandé de se toucher le visage, de se gratter, de pleurer, d'aller se baigner, de transpirer ou d'être très expressive. Toute la journée il faudra vérifier régulièrement que le maquillage ai bien tenu en place et qu'il n'ai pas coulé. Certaines femmes aiment à prétendre qu'elles se maquillent par choix et pour leur propre plaisir. Mais il est intéressant de noter que les seules fois où les hommes se maquillent sont lorsqu'ils sont regardés par un public : un présentateur télé, un acteur, un animateur, un homme politique. Le maquillage, tel qu'il est popularisé aujourd'hui, n'a pas d'autre but que de nous rendre plus beaux à regarder par les autres. Les femmes vivent donc leurs vies comme si elles étaient sur une scène de théâtre, elles sont constamment jugées et elles le savent. La vanité dont on les accuse est une conséquence parfaitement logique du fait que notre société nous rappelle matin, midi et soir que nous sommes médiocres si nous n'essayons pas de paraitre inhumaines.


Les femmes se couvrent aussi tout le corps de crèmes et huiles qui leurs sont vendues par des milliardaires prétendant vouloir notre bien. Et les mêmes milliardaires qui vendent des crèmes blanchissantes aux femmes indigènes d'Amérique du sud vendent aux européennes des auto-bronzants. Il est intéressant de noter que la mode occidentale encourage maintenant les femmes non plus à éviter le soleil mais à se rendre dans des salles spécialisées pour s'allonger dans un cercueil et recevoir des doses d'UV. Ou bien à prendre des bains de soleil, que ce soit sur la plage, dans un parc ou sur leurs balcons (de préférence nues, les hommes n'aiment pas les marques de bronzages). La peau dorée est devenue le nouveau symbole de l'aristocratie moderne. Les femmes pauvres ne travaillent plus dans les champs, elles travaillent enfermées ; elles sont blanches comme des linges, elles ont l'air fatigué. Le nouveau symbole d'un statut social élevé est donc celui qui sous entend l'opportunité de vacances au soleil, d'exotisme, de paresse sur la plage. Alors à défaut de pouvoir réellement partir à Hawaï, les femmes se peignent la peau ou se font arroser de rayonnements cancérigènes. L'institut national du cancer l'explique clairement : "Les UV délivrés par les lampes de bronzage sont cancérigènes pour la peau. Une séance dans une cabine de bronzage en France, loin d'être une pratique anodine, correspond à une exposition de même durée sur une plage des caraïbes sans protection solaire." Les femmes se tuent pour satisfaire une féminité artificielle qui fluctue au gré des humeurs masculines et capitalistes. Mais le culte de la jeunesse, lui, reste toujours d'actualité.


A l'inverse, les hommes ne sont jamais autant célébrés que lorsqu'ils vieillissent. Ils gagnent en expérience, ils ont des connaissances à partager, une autorité acquise, ils méritent respect. Ils ont le droit de vieillir. Leur vieillesse les rend plus attirant, nous dit-on, en dépit des cheveux blancs (lorsqu'il leur reste des cheveux), des rides, de la peau flasque et du ventre gonflé par l'alcool. Les représentations d'hommes âgés tenant une multitude de jeunes femmes, souvent mannequins, à leurs bras pullulent dans les médias et le showbiz. Les différences d'âge entre les acteurs de films et les actrices qui jouent leurs compagnes sont énormissimes. Les hommes prennent bien soin de ne pas se juger comme ils jugent les femmes.


L'aspect de notre corps qu'ils haïssent le plus est probablement notre pilosité. Oui les femmes ont des poils. Il s'agit d'un aspect parfaitement naturel et normal du corps féminin. Féminin au sens original du terme. Les femmes ont des poils sous les bras, sous le menton, sur les jambes, sur le pubis, entre les fesses, sur les seins, au dessus des lèvres, sous le nombril, sur les bras etc.



Certains hommes sont tellement habitués à voir les femmes sans aucun poil sur le corps qu'ils sont réellement choqués de découvrir une femme dans son état naturel.



Et ce choc est souvent accompagné d'un dégout et d'une violence parfaitement surréaliste. Je dis souvent que les hommes ne sont pas réellement attirés par les femmes. Ils sont attirés par le concept de féminité qu'ils ont inventé. Mais le vrai corps des femmes, tel qu'il est (sans même parler de la réelle personnalité des femmes, telles qu'elles sont lorsqu'aucun homme n'est présent), est quelque chose d'absolument repoussant pour eux.


Alors les femmes (et les filles) font la chasse aux poils. Des centaines voire des milliers d'euros, des heures et des heures de souffrance, pour ne pas ressembler à un être humain adulte. Tout commence souvent par les sourcils qui sont épilés au point d'effacer leurs formes naturelles et de donner à toutes les femmes la même expression vide. Grâce à ce stratagème, le regard des femmes paraît moins singulier, moins intense et surtout plus doux. Rapidement, le reste du corps féminin doit lui aussi être dompté et, avec l'influence de la pornographie, les femmes sont poussées à chercher une nudité extrême et à s'exposer dans les moindres détails, affichant une apparence prépubère et retirant toutes leurs protections pilaires. Car oui, les poils ont une utilité.


Pourtant aujourd'hui lorsqu'une femme refuse de supprimer les poils de son corps elle est qualifiée de "sale", "pas hygiénique", "dégoutante", voire même en mauvaise santé. Adjectifs qui ne sont pas utilisés envers les hommes alors qu'ils sont en général plus poilus que nous. Il semblerait que le corps féminin soit naturellement sale et doive être corrigé, la nature fait mal les choses en ce qui nous concerne, tandis que le corps des hommes est parfait tel qu'il est. L'Ancien Testament nous enseigne même que la pilosité masculine est si précieuse qu'ils ne doivent pas se couper la barbe, pratique que l'on retrouve donc chez les musulmans et juifs (mais qu'étrangement les catholiques préfèrent ignorer).



Les hommes ont le droit d'être sales et de transpirer, signes qu'ils travaillent dur, signes d'héroïsme. Mais une femme qui transpire brise l'illusion : elle devient humaine, elle devient forte. Par dessus le marché, elle risque d'avoir une odeur corporelle et les femmes n'ont pas le droit d'avoir une odeur corporelle. Les hommes les ont donc convaincu d'effacer toutes les odeurs qui émanent naturellement de leurs corps et même de voir leurs parties génitales comme un espace dégoutant qui nécessite une attention particulière. En ce moment sur Youtube, à chaque fois que je clique sur une vidéo je suis soumise à une publicité m'annonçant avec une voix enfantine "ta vulve est sensible, un rien peut la dérégler :(" et toute ma vie je me suis vue proposer des "produits intimes", des "déodorants pour vagins", des "sprays hygiéniques" m'encourageant à régler des problèmes que je n'ai pas, des problèmes qui n'existent pas. Il semble que le pénis et les testicules, eux, savent parfaitement fonctionner sans crèmes pour les protéger des intempéries. Mais, puisque le corps d'une femme est sale par défaut, nous devons y remédier et le rendre frais, le rendre propre, le rendre pur, le parfumer jusqu'à ne plus avoir d'odeur personnelle, aussi légère soit-elle. Dans l'ordre logique de la féminité et des différences sexuelles exagérées alors, bien sûr, les femmes doivent porter des parfums différents de ceux des hommes. Et les hommes adorent offrir des parfums aux femmes, cadeau impersonnel s'il en est. D'ailleurs, il est toujours intéressant de noter que les hommes offrent des cadeaux aux femmes dont ILS seront les principaux bénéficiaires. Car qui aura le plaisir de sentir ce parfum dans ces bras ? Qui aura le plaisir de voir cette nuisette dans son lit ? Qui aura le plaisir de se voir servir de bons plats avec ce nouveau robot de cuisine ? De voir sa compagne dans une robe sexy ? Ils s'offrent des cadeaux à eux mêmes.


La galanterie est une pratique masculine qui vise à forcer les femmes dans un rôle féminin, qu'elles le veuillent ou non. Féminité, comme nous l'avons vu, est devenu synonyme de passivité et de vulnérabilité. C'est ce que les hommes attendent de nous. Alors ils nous ouvrent la porte, tirent notre chaise au restaurant et payent l'addition. Ils nous guident en nous tenant par la hanche ou avec un bras autour des épaules, ils nous guident lors de pas de dance, ils nous aident à mettre notre manteau et ils conduisent la voiture. Nous sommes priées de les laisser faire. De nous laisser faire. Certains disent qu'il s'agit seulement de politesse. Mais aucun d'entre eux n'a jamais ressenti le besoin d'aider son ami masculin à mettre sa veste à la sortie d'un restaurant. Et leurs réactions, lorsqu'une femme refuse ces pratiques ou essaye de les appliquer sur eux, sont assez révélatrices.


En vérité, il s'agit là encore d'une manière de faire briller les hommes par contraste avec la faiblesse féminine. Ils nous handicapent avec des vêtements, chaussures et ornements qui les excitent et ensuite se présentent comme de véritables héros lorsqu'ils nous offrent leur bras pour nous aider à descendre des escaliers sans tomber. Et devant une telle cruauté nous sommes censées nous ébahir. Certains anti-féministes se plaignent aujourd'hui de "devoir" payer l'addition, une preuve selon eux que le patriarcat est un mythe. Une coutume qu'ils ont pourtant eux même inventé afin de nous "acheter", de nous donner l'impression que nous leur devons quelque chose et que les rejeter serait une forme d'ingratitude après avoir mangé à leurs frais. Ou peut-être est-ce simplement une tradition qui demeure, puisqu'il n'y a pas si longtemps les femmes n'avaient pas le droit de posséder un compte en banque, de travailler ou de sortir sans chaperon. Elles ne pouvaient donc techniquement pas payer l'addition.


Mais la féminité ce n'est pas simplement flatter l'égo des hommes en feignant la faiblesse ; c'est aussi se mettre au service des hommes plus directement. Il n'y a pas si longtemps, ces derniers nous vendaient entre eux, comme de vulgaires possessions. Nous étions leurs incubatrices, objets sexuels et servantes. Nous le sommes toujours. C'est l'aspect central de l'histoire des femmes, à travers le monde, que l'on ne nous enseigne pourtant jamais. Aujourd'hui, ces rôles issus de notre esclavage sont présentés comme notre nature profonde et l'expression de notre valeur dans la société. De cette manière, nous continuons à servir les hommes, cette fois de notre bon vouloir.


Dès notre enfance nous sommes bombardées d'encouragements à la maternité. Une vraie femme doit aimer les bébés, n'importe quel bébé, tous les bébés. Ne pas s'attendrir devant le portrait d'un nouveau né ou refuser de le porter dans ses bras est suspect. Il est important de démontrer que nous avons toutes un "instinct maternel", une vocation enfouie dans nos gènes, une compétence innée.


La glorification de la maternité comme la plus grande prouesse féminine, la pression constante qui nous enseigne que, même lorsque l'on ne souhaite pas avoir d'enfants, nous le désirons secrètement, nous changerons d'avis ou bien nous ferions d'excellentes mères, est constante, y compris dans les cercles qui se disent féministes. C'est donc sans surprise que des centaines d'enfants sont maltraités, torturés ou même tués par leurs mères chaque année. Dès lors que les femmes sont poussées vers une maternité qu'elles ne souhaitent pas réellement, dès lors que ce soit disant "instinct maternel" est proclamé en dehors de toute raison, alors de nombreuses mères abdiquent et cherchent à satisfaire ce rôle imposé, se retrouvant dans une situation qui n'avait en fait rien de naturelle pour elles et qui peut les mener au drame.


Cette propagande fait partie d'un ensemble qui invite les femmes à se dévouer entièrement aux autres et en particulier à "l'amour" : l'amour maternel, l'amour romantique, l'amour religieux, l'amour familial. On attend des femmes une obsession de la relation amoureuse et une adoration de tous ses remous. Les produits pour hommes ne sont jamais décorés de cœurs ou de messages romantiques, aspect central de la vie des femmes. Cœurs sur nos vêtements, cœurs sur nos sacs, cœurs sur nos produits hygiéniques, colliers, bracelets, boucles d'oreilles, porte-clés et tatouages en forme de cœurs ; les films, les magasines ou livres "pour femmes" sont romantiques par essence et toutes les chanteuses passent leurs temps à parler d'amour et en particulier de la souffrance délicieuse qu'il nous offre. L'amour avant tout. L'amour à n'importe quel prix. La couleur rose est elle aussi devenue l'ambassadrice de cette propagande nauséabonde, au point que certains hommes refusent catégoriquement de la porter.


Cet "amour" doit se traduire par une dévotion abjecte : se vouer corps et âme à un homme, se sacrifier, endurer. La femme forte est une femme martyre. Elle n'oublie pas de sourire, même quand elle souffre. Elle sèche ses larmes et remonte sur la scène. Malgré tout ce qu'elle subit, elle tient bon, elle relève la tête et continue de servir, servir, servir. La femme "forte" est un punchingball. La femme "forte" n'a aucune dignité, ambition personnelle, colère ou opinion.



La femme féminine est une femme forte, une vraie femme. Elle sait cuisiner pour autrui, elle sait nettoyer derrière les autres, elle sait satisfaire son mari quand il le souhaite et où il le souhaite, elle est fertile et produit des enfants en bonne santé, elle applaudit en cadence et ne se plaint jamais. Voilà un comportement "féminin" tel que les hommes l'ont défini.


Et voilà le but ultime de la féminité (n'en déplaise aux libéraux qui veulent à tout prix nous faire savourer notre oppression) : servir les hommes, servir aux hommes, exister pour les hommes.


Il est donc temps de se réapproprier non seulement notre corps, notre existence, notre imaginaire mais aussi notre langage. Toute femme est féminine du simple fait qu'elle est née du sexe féminin. Rien ni personne ne peut lui retirer cela. Les injonctions misogynes, elles, n'ont rien de féminin ; elles portent la marque du masculin, la marque des hommes, de leurs fantasmes sordides, de leur égo démesuré et de leur médiocrité. Les hommes ont toujours eu besoin de tricher, de nous mettre des bâtons dans les roues presque littéralement, pour gagner une course qu'ils ont perdu d'avance.



- Modesta


Inspiré du livre Femininity de Susan Brownmiller