Spécisme et Misogynie


J'ai récemment participé à une semaine évènementielle regroupant une centaine de personnes participant à des activités développant la confiance en soi. Les organisateurs avaient prévu des repas végétariens gratuits pour le repas du midi, préparés par un traiteur, avec deux desserts, du pain et de l'eau. Il n'y avait aucun militantisme derrière ce choix, autre qu'une possible vocation écologique. Je pense qu'il s'agissait de contenter tout le monde en évitant les allergies et les préférences religieuses. La plupart des femmes s'assirent pour déguster, nous avions toutes très faim. Mais quelle ne fut pas la mine horrifiée des participants masculins, après qu'ils se soient rendus compte de l'absence de chair animale. "Hé ! Je suis pas végane moi !" "Je veux un vrai repas !" "C'est quoi ces machins ?" Déconcertée, j'expliquais donc à ces messieurs ce que sont des falafels, des galettes de pois chiches, des pates, du fromage, un (délicieux) croquant au chocolat et une tarte au citron. Ils furent quelque peu gênés de devoir accepter qu'il s'agissait de nourriture tout à fait normale et appréciable, puis décidèrent collectivement d'aller s'acheter à manger à l'extérieur du lieu de l'évènement. Ils revinrent dix minutes plus tard avec des sandwichs et burgers, fiers de présenter devant moi leur virilité sauvée. L'un d'entre eux était un SDF qui s'était auparavant plaint à plusieurs reprises de ne pas avoir d'argent et de devoir sauter des repas. Il m'offrit son repas végétarien gratuit et engouffra devant moi deux burgers avec triple portion de viande.


Le carnisme est depuis longtemps associé à la masculinité pour des raisons simples : il s'agit d'un acte de violence et de domination. Les hommes tuent un animal (la large majorité des chasseurs, employés d'abattoirs et meurtriers sont des hommes) et en dévorent le sang, la chair et les muscles en s'imaginant absorber sa force. Notre culture fait croire aux hommes que leur nature profonde, leur masculinité, et donc leur survie, dépend de la destruction d'autrui à travers un certain type de consommation. Cela explique que la plupart des publicités carnistes s'adressent ouvertement aux hommes :




L'ancien mythe cannibale prétendait qu'en mangeant le corps de son ennemi l'on en aspirait la puissance. Les hommes n'ont pas beaucoup évolué.


La superstition opère ainsi : en mangeant le muscle d'un animal fort, nous devenons à notre tour forts. Bien que des athlètes véganes aient démontré que cette équation était fausse, le mythe perdure : les hommes sont forts, les hommes doivent être forts donc les hommes ont besoin de manger de la viande. La viande est l'évocation concrète de la puissance masculine. - Carol J. Adams

Et si le carnisme est un symbole de suprématie masculine, alors naturellement les réactions virulentes face au véganisme prennent souvent des tournures misogynes ou homophobes. Nous y reviendrons en fin d'article.


Ironiquement, ce sont les femmes enceintes et les femmes qui allaitent qui ont besoin du plus de protéines. Et les protéines nécessaires à notre survie peuvent être trouvées dans bon nombre d'aliments qui ne requiert pas qu'un animal soit tué.


J'imagine que vous avez déjà remarqué la façon dont les femmes sont comparées aux autres animaux. Nous sommes des grosses vaches, poulettes, baleines, vipères, cocottes, dindes, bécasses, truies, morues, chiennes, biches, guenons, tigresses, panthères, hyènes, thons, pies, cougars qui ont des chattes/moules qui puent le poisson.


Pour le moment, je souhaite pointer du doigt la propagande parallèle, qui consiste à comparer des animaux aux femmes et donc (puisque les femmes sont perçues par les hommes comme des objets sexuels) à sexualiser les animaux morts.



Il s'agit là de zoophilie et de nécrophilie. Je n'ai pas l'intention de me payer de mots à ce sujet.


Les animaux morts sont souvent représentés non seulement de manière féminine, possédant des attributs physiques de femmes humaines, mais aussi et surtout comme des prostituées, offrant leurs corps morts aux hommes, se contorsionnant pour les séduire, portant des tenues dignes de films pornographiques ou de cabarets.



Ces femelles célèbrent leurs morts et prennent plaisir à être exploitées. Les jeux de mots graveleux sont légions, comparant la consommation de viande à un rapport sexuel avec une femme ou bien au ramassage d'une prostituée sur le bord du trottoir, dévoilant ainsi que la perception générale d'une relation homme-femme consiste à consommer cette dernière.



Les animaux emprisonnés, en particulier les animaux de ferme, sont présentés "libres", libres de la même manière que les "belles" femmes sont présentées "libres" - prenant la pose et s'offrant comme disponible sexuellement comme si leur unique désir était d'être voulue par le spectateur. Nous tous - femmes et cochons- souhaitons être dominés et consommés. - Carol J. Adams

La représentation zoophile récurrente dans ces publicités n'a l'air de choquer personne. L'habitude est prise. L'indécence de présenter les victimes d'emprisonnement, de torture et de massacres à la chaine de manière humiliante, drôle, sexuelle ne semble pas déranger qui que ce soit. Nous voici face à la sexualisation de la mort, de la cruauté et, en somme, de la domination sur autrui. Ils qualifieront "d'humour potache" ce qu'aucune société se targuant d'être respectueuse et civilisée n'oserait faire. Certainement pas une société soucieuse de la souffrance des autres et de la dignité de la moitié de sa population.


La misogynie atteint son comble lorsque l'on sait que la plupart des animaux moqués sont des femelles, exploitées pour leur capacité à devenir mères.



Outre la volonté de présenter les animaux comme les participants volontaires de leur exploitation, le but de la manœuvre est de rendre anodin l'exploitation des femmes, autorisant ainsi les hommes à savourer publiquement leur dégradation, jusqu'à ce que ce genre de publicité ne fasse plus hausser un seul sourcil. En effet, tout le monde peut apprécier l'humiliation des femmes sans avoir à la nommer ; ce n'est que de l'humour et ce ne sont pas vraiment des femmes...



Certains aiment à répéter que "le sexe, ça vend, c'est tout", faisant semblant de ne pas remarquer que ce ne sont pas des hommes en lingerie et à quatre pate que nous voyons à chaque arrêt de bus, seulement des femmes. Ce ne sont pas des taureaux ou des coqs en talons aiguilles qui se trémoussent dans les supermarchés. Ce sont des femelles. Et ces représentation sadiques et humiliantes ne sont qu'une version bien précise de la sexualité, celle des hommes.


Alors ce qui vend, ce n'est pas le sexe, c'est la représentation publique de la suprématie masculine. Autrement dit, ce que les hommes achètent, c'est l'illusion d'un pouvoir sur les femmes.



Dans une société patriarcale, les femmes existent pour servir les hommes. D'où les publicités répétitives représentant les animaux femelles comme des prostituées, ou l'inverse, des prostituées représentées et vendues comme des animaux de ferme.


Il s'agit d'une publicité pour un restaurant.


Il s'agit d'une publicité pour un club de strip tease. Elle indique que les femmes qui y travaillent sont "nourries à l'herbe" et "élevées en plein air".


Mais aussi des publicités inspirées de la pornographie :



Et admirons ces deux publicités produites par des marques différentes mais proposant toutes les deux des "plans crus"/plans culs.


Dans la première un homme âgé et peu attirant tient un couteau à la main. Il se trouve dans sa cuisine et nous observe d'un air mécontent en découpant de la viande. Il a le privilège d'être habillé.

Dans la seconde, une jeune femme mince, jeune et blonde prend la pose en sous vêtements, s'offrant comme le plan cul/cru en question, tenant la viande contre elle.


Et si l'on peut aisément remplacer une carcasse ou une vache vouée à l'égorgement par une jeune femme bien vivante, quel message cela renvoie-t-il aux femmes en question ?



Cette comparaison entre le corps des femmes et la viande (= les parties découpées d'un corps mort), ne serait possible si les femmes n'étaient pas déjà découpées en morceaux, dépecées, morcelées via la culture populaire.


Les femmes sont perçues comme un assemblage de parties du corps et non comme des individus à part entière. Qui ne s'est jamais retrouvé devant un film dans lequel la caméra se met à descendre ou monter lentement le long du corps d'une femme, montrant aux téléspectateurs la marchandise ? Nous y voilà, la femme démembrée figurativement parlant, telle que les hommes la perçoivent, pendant que la vache est démembrée littéralement, telle que les hommes la dégustent.



Certaines ont appelé cela le syndrome de la femme sans tête. Car qui a besoin du cerveau d'une femme lorsque l'on peut en manger la cuisse, la jambe, l'épaule, la poitrine, le genou ou la côte ?



Comme les animaux au rayon boucherie de votre supermarché, la décapitation est de mise lorsque l'on souhaite faire oublier que la victime était il y a peu un sujet autonome, ayant une personnalité, des désirs et des rêves.


Modifié, "charcuté" ainsi doit finir le corps des femmes et des animaux, de leur vivant jusqu'après leur mort, jamais l'exploitation ne cesse. Il s'agit de satisfaire pleinement le consommateur. Pendant que l'on crée des espèces artificielles d'animaux, des créatures mutantes qui peinent à tenir debout, les femmes passent sous le scalpel, modifiant elles aussi leurs corps sous la pression masculine. La chirurgie esthétique est un business en plein essor. Nous ouvrons littéralement le corps des femmes pour les rendre plus consommables. Nous en retirons le gras, nous en abîmons les nerfs, nous essayons de les conserver plus longtemps jusqu'à l'inévitable date de péremption ; le glas sonne souvent au même moment pour les vaches que pour les femmes, lorsqu'elles ne sont plus d'aucune utilité pour les hommes. Les vaches sont menées à l'abattoir, on se contentera de jeter les femmes à la poubelle où elles y trouveront invisibilité et pauvreté.


Les femmes sont priées de dissocier leur esprit de leur corps et de se faire objet jusqu'à la souffrance, il faut souffrir pour être belle parait-il et être belle est le but ultime de nos vies. Les femmes ont donc vocation à souffrir. Et de la même manière que la truie dansera joyeusement en porte-jarretelles sur la mélodie des cris d'agonie de ses frères et sœurs (dans le but ultime de titiller ces messieurs homo sapiens), la femme même souffrante, même terrorisée, même morte, prendra soin d'être sexuellement attirante.



Ne feignons pas d'être surprise lorsque l'on sait que c'est le thème principal de la pornographie, une industrie qui engrosse des dizaines milliards de dollars chaque année rien qu'aux Etats-Unis, parce que la souffrance des femmes est un divertissement excitant et qui se vend très bien.

Mais là où les animaux morts sont réanimées le temps d'une dernière danse avant que le rideau ne soit tiré et la vaisselle faite, les femmes sont tuées et leurs corps morts présentés comme des partenaires sexuels tout trouvés. Je vous invite à lire l'article "Ils nous préfèrent mortes" pour constater l'étendu de cette propagande misogyne, sadique et nécrophile que l'on retrouve facilement dans la musique, le cinéma, la mode et la publicité.



On aurait pu penser qu'un "artiste" trouverait plus de plaisir dans l'originalité et la créativité que dans la reproduction perpétuelle de la torture des femmes et de l'obsession perverse envers nos corps fraîchement assassinés.

L'industrie de la mode et plus globalement de la publicité (une industrie encore largement dominée par les hommes) utilise les femmes et les autres animaux de manière régulière, traitant des êtres vivants comme des outils, des objets dont ils pensent pouvoir faire ce qu'ils veulent.



Encore une fois l'exploitation des femmes et des animaux convergent pour ne former plus qu'une seule et même exploitation : celle qui vise à traiter des êtres sensibles comme de vulgaires objets permettant de créer du profit et d'exciter les fantasmes répugnants de la gente masculine. Les femmes sont alors encouragées à se rendre complice de l'exploitation de ceux qui ne peuvent se défendre et nous sommes tous réduits à des postures, une esthétique, une silhouette, une créature artificielle résultant d'un dressage intensif.


"C'est de l'art", me dit-on, "et l'art c'est subjectif" : la réponse standard, dès lors qu'une femme pointe du doigt une création artistique qui dénigre les opprimés. C'est notre problème personnel, disent-ils, que de ne pas savoir apprécier la cruelle poésie masculine.


Nous ne savons pas savourer la virilité créatrice, nous ne comprenons pas la subtilité du message, nos cerveaux féminins ne sont tout simplement pas équipés pour admirer la grandiosité des hommes. Nombreux sont les célèbres "intellectuels" qui ont théorisé notre soit disant infériorité biologique, celle qui nous a longtemps empêché de monter sur les scènes de théâtre, de joindre des conservatoires, de publier, d'être lues, d'étudier, de peindre, d'enseigner et d'être enseignées dans les écoles, même encore aujourd'hui, au 21ème siècle.


Peut-être est-ce vrai, si l'art est redéfini pour correspondre à ce que les hommes en font souvent. Peut-être y a-t-il quelque chose dans le cerveau des femmes qui nous empêche d'applaudir la violence, les fétiches rébarbatifs, les fantasmes barbares et la perversité... qui s'avèrent être l'apanage des hommes, la plupart du temps. Mais est-ce un manque ?


Violence ? C'est subversif ! Les artistes doivent être libres ! Halte à la censure des bien pensants ! Laissez nous étaler notre génie ! Depuis quand est-ce subversif de renforcer le statu quo ? C'est ce que j'appelle souvent de la masturbation pseudo-intellectuelle.


Et il est impossible de parler de masturbation pseudo-intellectuelle sans nommer Damien Hirst, un professionnel du genre et l'un des "artistes" les plus riches d'Angleterre. Ses expositions figurent invariablement des animaux tués, puis découpés en morceaux ou placés dans des aquarium. Parfois ils sont assis sur des toilettes ou pendus. Pourquoi ? La torture des animaux, c'est subversif, voyez-vous. Ce n'est pas comme si les hommes faisaient déjà ça tous les jours à des millions d'êtres vivants.


Dans un article pour le journal l'express, Hirst est qualifié de "bad boy", "roi de la provoc, un pro de la com' et une star des enchères". Ses expositions cruelles sont requalifiées en "concepts visuels forts". Est-ce que réaliser "une toile constituée de centaines d'ailes de papillon" est un simple "concept" ou bien un acte ? Celui de tuer des centaines de papillons par délire narcissique ? Tuer est un acte concret et non conceptuel. Dans son exposition In and Out of Love, c'est près de 9 000 papillons qu'il a tué cette fois, les enfermant dans une pièce et les laissant mourir à petit feu.


L'une des "œuvres" de Hirst s'appelle Mother and Son, Divided et figure une vache et son nouveau né, tous deux morts, coupés en deux et placés dans des vitrines l'un à côté de l'autre. Une seconde présente un veau pendu et éventré, ses entrailles tombant sur un miroir. Une troisième nous montre une décapitation. Son "œuvre" la plus célèbre figure un requin mort qu'il a vendu à un américain pour la modique somme de 12 millions de dollars. Jouer avec cadavres, ça paye. Je vous épargne les photographies.


En 2003, un autre grand artiste incompris tua des animaux pour jouer les rebelles devant les petits bourgeois danois. Marco Evaristti présentait au Musée d’art moderne de Trapholt une série de mixeurs contenant chacun un poisson rouge. Les visiteurs étaient placés face à un dilemme : le droit de vie ou de mort sur ces poissons. Deux poissons ont été broyé. Des poursuites judiciaires ont été engagées pour actes de cruauté envers les animaux, et le directeur du lieu avait écopé d’une amende pour avoir refusé de couper le courant des mixeurs, avant d’être finalement relaxé, au motif que, je cite, "les poissons n’avaient pas eu le temps de souffrir."


D'aucun dirait, quelle différence avec les poissons régulièrement tués durant la pêche ?

Pour moi, bien sûr, il n'y a pas de hiérarchie entre le poisson rouge et le saumon qui finit dans l'assiette de ceux qui payent pour. Mais du point de vue de l'acteur, celui qui tue, il y a une différence. L'ouvrier pêcheur est dans un contexte où il voit le poisson comme un objet, une ressource, sans émotion, sans individualité, sans droits. Tandis que les poissons rouges de cette exposition ont été volontairement placés dans un contexte où leur droit à la vie était revendiqué, faisant de ceux qui ont décidé de mettre en route le mixeur, mais aussi les créateurs de cette mise en scène, des sadiques qui cherchent intentionnellement à faire souffrir et à anéantir autrui. Le résultat est le même : un poisson mort. Mais l'intention et l'état d'esprit des tueurs sont différents et nous montrent que derrière des revendications artistiques certaines personnes expriment ouvertement une barbarie célébrée dans des musées et galeries d'art.


En 2012, le sculpteur flamand Jan Fabre a choisi de diffuser une vidéo montrant ses "acteurs" en train de jeter des chats dans un escalier. "De l'art", encore une fois. Bien sûr, lorsqu'il s'agit de chats, le public n'apprécie pas, il y a des limites à ne pas dépasser dans la provocation ; les chats et les chiens ne doivent pas être touchés. L'artiste s'est donc excusé publiquement le lendemain regrettant, je cite, « que les chats soient mal retombés » mais nous informant qu'ils allaient bien. Ouf. Nous voilà rassurées.

En 2016, pourtant, il remit le couvert en présentant des sculptures et tableaux réalisés avec des carapaces de scarabées, ainsi que des chiens et chats empaillés et présentés de manière festive. Une personne telle que moi, peu éduquée face à la puissance intellectuelle et artistique des hommes, aurait tendance à penser, naïvement bien sûr, que cet homme prend plaisir à exploiter les animaux, mais non non, il est en fait particulièrement sensible à la souffrance des animaux comme nous l'explique le journal Le Monde : "L’œuvre dénonçait pourtant à sa manière une triste réalité : l’abandon des animaux domestiques à l’occasion des départs en vacances." Oui, quoi de mieux pour dénoncer les abandons des départs en vacance que d'esthétiser les cadavres d'animaux et d'en faire une fête. Jan Fabre expliquera quant-à-lui :« Aucun animal n’a été tué au nom de l’art. Les chiens et les chats, je les ai trouvés morts, ils avaient été abandonnés par leurs maîtres au bord de l’autoroute. Je leur rend hommage. Même les scarabées, ils ont été collectés dans les restaurants où l’on consomme leur chair » Voilà comment le spécisme, justifie le sadisme.


En 2008, un grand intellectuel rebelle captura un vieux chien errant affamé, l'attacha et plaça de la nourriture non loin de lui sans qu'il ne puisse l'atteindre. Cette sublime œuvre consistait donc à regarder un chien mourir de faim. Certains disent que le chien décéda, d'autres que le chien était en fait libre de ses mouvements et nourri une fois l'exposition de 3 heures terminées ; le sort du pauvre chien reste flou. Ce qui est sûr c'est que cette exposition a eu lieu, a donc été validée en amont et que des gens sont venus la voir. L'auteur de cette cruauté se justifia comme ils le font toujours : monsieur voulait voir si les petits bourgeois qu'il côtoie feraient quelque chose pour aider le chien ou non. Ils n'ont rien fait. Il me paraît toujours amusant de voir ces hommes prétendre qu'ils veulent tester la réaction du public alors que nous savons tous que son public est composé d'autres narcissiques dégénérés comme lui.



Ces hommes, "artistes", "créateurs" ou directeurs de galerie, sont grassement payés pour ce qu'ils font et présentés comme des "provocateurs" qui "font réfléchir". Pour la plupart, ces actes de cruauté ne mettent pas un terme à leur carrière, au contraire, c'est un tremplin. Dans l'entre-soi bourgeois il semblerait que la seule illusion de rébellion qui reste soit de s'imaginer impopulaire, en s'en prenant à des animaux sans défense. Pourtant, comme je l'ai dit précédemment, il n'y a rien de subversif à maltraiter les animaux puisqu'ils le sont quotidiennement et que même lorsque la violence touche un animal dit "de compagnie" la justice est particulièrement lénifiante.


Je pense notamment à "l'artiste" Teemu Mäki. Si vous vous rendez sur sa page Wikipédia, vous verrez une photographie de lui, tout souriant, et en guise d'entrée en matière on vous étalera sa biographie professionnelle. Doctorant, professeur, écrivain, membre de plusieurs instituts de recherche artistique et bien sûr artiste et poète ! On vous informera que Mäki est un anti-capitaliste qui s'oppose à la société de consommation ! Il est aussi opposé aux stéréotypes sexistes, oui, oui, il a même fait une exposition sur le sujet. Un grand féministe, cet homme. Tu sens l'arnaque venir ? Mäki est contre la criminalisation de la prostitution car si les femmes "choisissent" alors les hommes devraient pouvoir en profiter. Nevermind.


Et puis, tout en bas de la page, descendons, descendons encore... On peut lire que lorsqu'il était étudiant en art à l'université d'Helsinki, cet homme dont la carrière est donc aujourd'hui une réussite, s'est filmé en train de tuer un chat avec une hache après quoi il s'est masturbé sur le cadavre de ce dernier. Il a intitulé son "œuvre" Sex and Death. Soyez rassurées, justice fut rendue ; Mäki a été condamné pour fraude puisqu'il avait signé un papier lors de l'adoption du chat en refuge certifiant qu'il prendrait soin de l'animal. Le tribunal jugea que le chat n'avait pas été tué "assez rapidement" (contrairement aux poissons rouges, voyez-vous, tout est une question de vitesse). Je n'ose imaginer la réaction du personnel du refuge en question, apprenant que le chat dont ils avaient pris soin a fini tué de la sorte. Le musée Kiasma a récemment acheté la vidéo du massacre pour l'ajouter à sa collection. Choquées ? Pourtant la nécrophilie et la zoophilie sont des sous-genres pornographiques populaires.


Dans l'univers de la prostitution filmée, les femmes sont rarement appelées "femmes" : à la place elles sont renommées "putes", "pétasses", "salopes", "trainées", "connasses", "nymphos", "garces" ou "putains". Au mieux nous les appellerons "filles" ou "ados". D'ailleurs, "garce" et "pute" signifiaient "fille" auparavant. Cette distinction s'observe dans toutes les langues.


En les nommant ainsi nous justifions la violence qui leur est faite : ce ne sont pas des femmes, elles ne font pas partie de l'espèce humaine, ce sont des salopes. Non seulement elles méritent ce traitement, mais elles aiment ça, elles sont une catégorie spéciale de femmes qui aiment souffrir et être utilisées, tout comme les animaux "de la ferme" forment une catégorie spéciale d'animaux vers lesquels notre compassion ne doit pas tendre car ils ne font que remplir leur rôle et peut-être même qu'ils aiment ça ! Il n'est pas rare de voir des affiches publicitaires montrant les animaux exploitées se lécher les babines à l'idée d'être tués, se saisir eux même du couteau et se lancer dans le cannibalisme.



Et la propagande s'étend souvent jusque dans les livres pour enfants.



Si la pornographie devrait titrer ses vidéos de manière réaliste, alors nous pourrions y lire : "jeune femme ukrainienne appauvrie, droguée et violée par plusieurs hommes" au lieu de "petite salope aime se faire défoncer". Et si l'industrie carniste devait nommer ses aliments de manière réaliste, alors nous pourrions y lire : "tas de sang venant d'un animal terrifié à qui on a tranché la gorge après l'avoir séquestré dans l'obscurité pendant 2 ans" au lieu de "boudin."


Un détachement doit bien souvent s'opérer pour que le consommateur dévore son steak et boive son lait au chocolat sans penser à maman vache et son petit, tous deux pendus par des crochets encore vivants. De même, la truie et le cochon massacrés se verront renommés en "porc/du porc" ("du" retire l'individualité de l'animal), la poule devient "du poulet", le rat et le lapin sont des "expériences scientifiques", le poil d'un animal devient "de la laine", sa peau devient "du cuir", l'animal n'est plus qu'une tranche de jambon, des nuggets, du bacon, un steak, une saucisse ou l'adorable "croquette", autant de mots qui servent à cacher l'innommable.



Pour revenir à la pornographie, les femmes et les autres animaux sont encore une fois tous réunis autour de la table pour être abusés en toute impunité par les hommes.


Certaines choses sont incompréhensible. Qui pourrait tirer un plaisir sexuel en regardant une vidéo figurant une femme à moitié nue en talon aiguille écrasant avec ses chaussures des petits animaux (cela inclue des chiots et chatons) qui hurlent d'horreur en mourant ? Comment est-ce que cela pourrait être considéré "sexuel" ? Peut-être est-ce aussi incompréhensible que le très grand nombre de personnes qui proclament ce genre de vidéo comme étant "de l'art" ou un exemple de liberté d'expression qu'il faudrait défendre même si l'on approuve pas du contenu. - Jeffrey Moussaieff Masson

Contrairement à ce que dit Jeffrey Moussaieff Masson, ce genre de vidéo n'est pas incompréhensible. Il existe sur n'importe quelle plateforme pornographique populaire des milliers de vidéos de femmes torturées, leurs seins écrasés, leurs corps pendus, forcées de boire de l'urine ou de manger des excréments. La plupart des vidéos "mainstream" de nos jours comportent des gifles, des insultes et des crachats. La haine des femmes et la violence des hommes sont devenues normales. Pourquoi ? Parce que les hommes aiment la torture. Comme l'a écrit Andrea Dworkin, une fois ce constat fait alors on peut se retourner sur l'histoire de l'humanité et comprendre tout ce qui a été fait de plus horrible. On cesse de dire que "certaines choses sont incompréhensibles" ou que c'est "inhumain" ou "inimaginable". Il existe des vidéos dans lesquels de vraies femmes, de vraies enfants, de vraies animaux sont véritablement tués pour le divertissement de certains hommes suffisamment fortunés pour payer pour un tel contenu.



En dehors de ces vidéos moins publiques il existe des milliers de sites internets qui proposent du contenu zoophile tout à fait légal. Aux Etats-Unis, premiers producteurs de contenu pornographique, aucune loi n'empêche la production de vidéos zoophiles. En Espagne, en Allemagne, en Finlande, Bulgarie, Roumanie ou encore au Danemark aucune loi n'interdit les viols d'animaux. En France, ce n'est que très récemment que la zoophilie a été établie comme un acte condamnable même si, comme toujours, les condamnations sont plutôt douces. Il en va de même en Belgique :

En Belgique, la zoophilie était légale jusqu'en 2007. Cependant, les vidéos zoophiles sont considérées comme illégales, selon une décision de justice en 2006 faite contre un homme qui avait des relations sexuelles avec des chiens dans un refuge pour lequel il avait travaillé. Il n'a pas été reconnu coupable de maltraitance envers des animaux, mais a été reconnu coupable d'attentat à la pudeur pour avoir partagé des vidéos zoophiles par le biais de son site internet. L'organisation belge de défense des droits des animaux Gaia, qui avait déposé plainte, a fait appel en vain de la décision du tribunal.

Certains hommes, y compris des militants pour les droits des animaux (exagérément célébrés) comme Peter Singer, aiment à dire que les humains et les autres animaux peuvent avoir des relations mutuellement consenties.

Si vous tapez "bestiality porn" sur Google, vous ne trouverez pas des sites discutant du sujet. Vous trouverez des centaines de sites contenant des vidéos de bestialités. J'avoue que je n'ai pas cliqué pour aller voir exactement ce que ces sites proposaient. Voir la phrase "inclu de la baise cruelle" m'a suffit à comprendre que le contenu me rendrait malade. (J'ai fait la même confession quand j'ai écrit un livre sur les émotions des animaux de ferme : je n'ai pas pu me forcer à aller visiter un abattoir - mais d'autres l'ont fait pour moi). - Jeffrey Moussaieff Masson

Dans le livre Big Porn Inc, qui n'est pas pour les âmes sensibles, Jeffrey Moussaieff Masson que je viens de citer donne un aperçu du résultat de ses recherches et fait état d'une nouvelle mode qui joue parfaitement le jeu du vocabulaire pseudo-féministe en vogue de nos jours. Il explique qu'une compagnie tenue par un homme surnommé Doctor X a décidé de vendre ses vidéos de femmes ayant des rapports sexuels avec des chiens en les présentant comme quelque chose de cool, une forme de libération sexuelle qui rend les femmes ouvertes et transgressives ; "empowered". Sa collaboratrice, une prostituée qui se livre à ces actes d'abus sexuels pour qu'un proxénète s'enrichisse, elle aussi décrit ce qu'elle fait en utilisant le vocabulaire libéral pseudo-féministe de l'empowerment : "Me faire baiser par des chiens me permet de prendre le contrôle sur ma sexualité. Je n'ai plus à compter sur un homme." L'industrie de la pornographie essaye depuis plusieurs années de se prétendre progressiste et même féministe. Les libéraux applaudissent en cadence. En voici le paroxysme. Comme toutes les prostituées interrogées alors qu'elles sont encore sous la joug des hommes, la jeune femme explique ne pas faire ce qu'elle fait "pour l'argent", même si l'argent compte, mais parce que "tout les aspects de ce que je fais sont libérateurs et émancipateurs".


Bien sûr.


Les animaux non humains, au même titre que les enfants, n'ont pas les capacités mentales pour consentir à un rapport sexuel avec un humain adulte Un choix n'est libre que s'il n'est pas le fruit d'une pression, manipulation et que si la personne peut concevoir tous les tenants et aboutissants de son choix, ce qui n'est évidemment pas le cas de l'animal victimisé.

Beaucoup de vidéos zoophiles mettent en scène des femmes ayant des rapports sexuels avec d'autres espèces. Si le but de la pornographie est d'exciter les hommes en dégradant le plus possible les femmes alors, dans une société qui considère les animaux non humains comme inférieurs, il est parfaitement logique de les forcer à avoir des rapports sexuels avec des animaux. Après tout, les prostituteurs ont pour habitude de qualifier les femmes de "chiennes".



Jamais la violence sexuelle n'a été aussi populaire, à travers un sado-masochisme qui célèbre l'esclavage et la torture sous couvert de "libération sexuelle". Les hommes ont réussi à nous faire régresser tout en faisant passer leurs violentes paraphilies pour des pratiques révolutionnaires.


Et certaines femmes qui se réclament du féminisme encouragent leurs consœurs à considérer qu'autoriser les hommes à simuler des viols est un acte émancipateur et sexy. On nous traite de "prudes", de "nazis" ou de "mal baisées", nous ordonnant de "ne pas juger". Mais je juge. Je juge les hommes, je juge leurs comportements, je juge la façon dont ils perçoivent et traitent les femmes. Je juge, j'analyse, je place dans un contexte, j'observe et j'objecte. Ce positionnement ridicule, cette lâcheté qui consiste à dire "que sera, sera", "ce que les autres font ne nous regarde pas" et "qui es-tu pour nous dire quoi manger ou que faire au lit ?" n'est pas du féminisme, c'est de la foutaise libérale. La femme libre est une femme qui "choisit" d'être à genoux ? Les animaux existent pour être utilisés ? Les hommes ont le droit de pourrir nos sociétés avec leur sadisme ? Je n'accepte pas cette propagande.


Fouettées, les yeux cachés, la bouche couverte, attachées, enfermées, suspendues, accrochées, enchaînées sont les femmes "libres" tel qu'on nous les vend. L'un des sites internet sado-masochiste les plus anciens est toujours en activité et se nomme "slavefarm" (la ferme aux esclaves). Les hommes peuvent y acheter des femmes qui s'abreuvent dans des gamelles pour chien.




L'exploitation des animaux est absolument centrale au sado-masochisme et sa plus grande source d'inspiration.



Ces pratiques s'inspirent aussi de l'esclavage raciste, des méthodes de tortures réelles (médiévales ou récentes) et tournent en dérision ce que la loi qualifie d'acte de barbarie et de crime contre l'humanité. Je rappelle aussi que le mot "sadisme", le fameux S de l'acronyme anglais BDSM dont certaines pseudo-féministes se réclament, vient du Marquis de Sade, un kidnappeur, tortionnaire et violeur pédophile récidiviste qui a intellectualisé ses crimes sous forme d'écrits érotiques. Voilà votre "libération sexuelle".

Mais à quel moment est-il devenu amusant de voir des personnes "libres" imiter ceux qui ne le sont pas ? A quel moment est-il devenu populaire de jouer à des scénarios de torture qui font partie des pires souvenirs de notre histoire et qui sont encore le lot quotidien des animaux exploités ? Pourquoi est-il devenu normal d'être excité sexuellement par de la maltraitance ? Quel genre d'homme obtient ou maintient une érection en simulant qu'il étrangle sa compagne ? Quel genre d'individu est sexuellement excité par l'idée de faire du mal aux autres ? Comment peut-on espérer stopper la cruauté tout en s'en amusant sous prétexte que "c'est pour de faux" ? Comment prétendre agir pour la liberté tout en adulant la hiérarchisation ? Promouvoir la violence, la normaliser, tourner une lutte politique en un jeu, parodier la souffrance, n'a jamais libéré qui que ce soit et certainement pas ceux qui la subissent. Aucun être humain ne doit être traité comme un animal de ferme. Et aucun animal ne doit être traité comme un animal de ferme.



Comparer certains êtres humains à des animaux est une pratique courante qui vise à les décrédibiliser et à justifier les abus dont ils sont victimes. Les animaux étant considérés comme des outils, des choses, des objets ou des nuisibles, il est donc légitime de les traiter comme bon nous semble. Et il nous semble souvent bon de les maltraiter. Les personnes noires sont souvent comparées à des singes, les arabes à des chiens, les mendiants à des cafards, les juifs à des rats, les femmes à des vaches et ainsi de suite. La meilleure manière de justifier la cruauté envers un individu semble être de le comparer à un animal.



Or, lorsque les féministes protestent et disent qu'elles ne souhaitent pas être traitées comme des morceaux de viande, elles ne se soucient souvent guère du morceau de viande réel qui lui non plus ne souhaitait pas en être un. Personne ne remet en cause le fait que les animaux soient maltraités. Au contraire, la réaction habituelle des victimes de ce type de dénigrement est de valider l'idée selon laquelle certains méritent la maltraitance ; elles cherchent seulement à prouver qu'elles n'en font pas partie. Dans les faits, il suffit d'attribuer à une population (humaine ou non) le qualificatif de "nuisible" pour que tout soit permis sur elle, jusqu'à sa totale éradication.



Bien entendu, n'en déplaise aux spécistes et aux eugénistes, l'être humain est lui même un animal, un primate plus spécifiquement, bien que son comportement soit hautement plus cruel qu'aucun autre animal sur terre. Inutile donc de qualifier un homme de "bête", de "brute", de "monstre, "d'animal" ou de "sauvage" pour essayer de s'en détacher ou de qualifier son comportement "d'inhumain" alors qu'il est le propre de l'homme. Inutile d'utiliser des hashtags type "balance ton porc" pour ne pas dire "balance ton homme", de faire des bandes dessinées contre le harcèlement sexuel en représentant les hommes en crocodiles ou des campagnes publicitaires qui montrent des femmes attaquées par des loups, des ours ou des requins.



Cela rejoint la sempiternelle réponse : "un vrai homme ne fait pas ça".


Si. En fait, c'est exactement ce qu'un vrai homme fait. C'est ce que les hommes font quotidiennement. Pas des loups, pas des requins, pas des cochons, pas des monstres, mais des hommes. C'est monsieur tout le monde. Et toutes ces tentatives de lutte, parfois bien intentionnées, semblent refuser de nommer le coupable, de peur que les femmes ne se méfient des hommes ou qu'elles ne se rendent compte de l'étendu du problème qui reflète en réalité une lutte de classe. La classe des hommes attaque celle des femmes.


La place des religions n'est pas à prendre à la légère dans cette hiérarchie sociale. Lorsque le mâle est au centre de la création, que la femme existe uniquement pour lui tenir compagnie et que le rôle des animaux s'arrête à l'utilisation que peuvent en faire les humains, l'architecture d'une société patriarcale et spéciste se met doucement en place sous nos yeux. Si le monde entier n'est fait que pour nous alors pourquoi se priver de le mettre à feu et à sang pour en piller toutes les ressources, qui de toute manière n'attendaient que nous.



Ainsi donc, l'animal sera mangé, religieusement sacrifié à la demande du Seigneur de la barbarie (ou bien jugé impure et tué/évité). De même, les filles et femmes seront vendues entre propriétaires masculins (ou bien jugées impures et tuées/évitées). Dieu a fait l'homme à son image, le monde lui est offert sur un plateau. Monsieur n'a qu'à se servir. Nous sommes tous, femmes, enfants et animaux, propriété gardée.



Un certain esprit de vengeance s'exerce aussi chez ceux qui croient à cette mythologie, car c'est à cause de la femme et de l'animal (un serpent), que l'homme s'est vu rejeté du paradis et forcé de vivre sur terre en tant que pécheur éternellement maudit. La Bible fait souvent référence à l'influence néfaste des femmes, qui portent sur elles la honte d'Eve, doivent garder le silence, se soumettre à leurs maris et dont les hommes doivent se méfier pour toujours. Le prophète Mahomet aurait prétendu avoir visité l'enfer et observé qu'il était principalement peuplé de femmes. Lorsque j'ai fait remarqué à un musulman que la majorité des criminels sont des hommes et que ça ne semblait pas correspondre avec cette image féminine des enfers, il me répondit : "tu oses remettre en question les paroles du prophète ?!" (il me pensait musulmane) et "on ne discute pas ce que le prophète nous apprend... les femmes y sont probablement parce qu'elles ont désobéi à leurs maris". Il ricana avant d'ajouter : "les femmes sont des vipères".


La haine ou le dégoût des femmes que certains religieux expriment est souvent palpable, en particulier dans les religions abrahamiques. Et l'on retrouve un sentiment similaire envers les animaux qui sont perçus comme impurs ou bien tels des machines sans aucun sentiment. Une colocataire musulmane me décrivit un jour les festivités de l'Aïd qu'elle avait célébré, me racontant comment elle avait filmé sa famille séquestrant un agneau terrifié dans la baignoire de la salle de bain pour l'égorger. Elle ne comprit pas ma mine horrifiée. Dans sa mémoire, il s'agissait d'un évènement joyeux et elle m'assura que l'agneau ne pensait et ne ressentait rien. Elle tomba des nues lorsque je lui expliquais que tous les animaux ressentaient des émotions, de la douleur, de la peine, de la peur et que ce petit agneau avait vécu des instants tragiques.


Dieu est un adepte d'instants tragiques, de sadisme, de masochisme, de massacres et de punitions. Le serpent fut forcé de ramper sur son ventre pour l'éternité et Eve d'enfanter dans la souffrance, ainsi que toutes ses descendantes. Les animaux furent condamnés à exister pour être consommés. Les femmes à servir d'incubatrices. Les animaux de sexe féminin sont donc doublement exploitées.

Elles sont exploitées de leur vivant parce qu'elles peuvent être mères, mais aussi après leur mort parce qu'elles peuvent être chair.


En 2013, la police d'une petite ville se mit à recevoir des appels au sujet de bruits étranges que les résidents entendaient. Le chef de police expliqua au journal local que "les bruits étranges s'avéraient venir des mères vaches qui pleuraient la séparation d'avec leurs petits". A la fin de l'une de mes conférences, une jeune femme s'est approchée de moi et m'a dit que son bébé était mort à la naissance et combien il avait été terrible d'avoir les seins plein de lait pour son bébé, mais aucun bébé à nourrir. Quand les gens veulent savoir pourquoi elle est végane il lui est difficile de l'expliquer car c'est une décision tellement personnelle, résultant d'une tragédie. Mais elle sait d'expérience que le lait vient d'une mère en deuil. - C.J.Adams, The sexual politcs of meat

Pour que l'industrie carniste fonctionne, il faut que les hommes exploitent la capacité à donner la vie de certains animaux. Il faut que les femelles soient réduites à l'état d'esclaves. Il s'agit d'une exploitation sexuelle au même titre que celle des femmes et filles.


Le système reproductif de ces animaux est abusé jusqu'à ce qu'il cesse prématurément de fonctionner, épuisé comme son hôte ; exploitée jusqu'à l'os. Par exemple, pour fournir autant de lait, il faut que les vaches laitières soient perpétuellement mises enceintes, puis qu'elles soient séparées de leurs petits.


"La reproduction sélective et les hormones artificielles sont souvent utilisées pour pousser le corps de l'animal jusqu'à sa limite. Les vaches peuvent vivre jusqu'à 25 ans mais dans l'industrie du lait elles sont typiquement tellement épuisées par les gestations répétitives et la production anormale de lait qu'elles sont considérées comme "usées" dès qu'elles atteignent 5 ou 6 ans." - Nathan Runkle, président de Mercy for animals

Vaches, truies, poules, brebis, lapines, etc. Sans toutes ces mères endeuillées, point de viande dans nos assiettes, de cuir sur nos pieds, de cobayes dans les laboratoires. Sans chiennes, chattes, juments, perruches etc répétitivement mises enceintes et séparées de leur progéniture, pas de chien au bout de la laisse, de chat enfermé dans un appartement, d'oiseau en cage, d'équitation ou d'euthanasie de masse en "refuges". Les femmes et les animaux exploités se rejoignent dans le caractère sexué que prend la violence utilisée contre elles. Leur sexe est la raison de leur asservissement et de leur torture. Le spécisme est une exploitation sexiste par défaut.


La torture des animaux précède souvent la torture des êtres humains. C'est un repère bien connu chez les "psychopathes". L'armée a souvent utilisé la torture des animaux pour briser la compassion de ses soldats. Je me souviendrai toujours de ce témoignage d'un soldat américain ayant fait la guerre du Vietnam et expliquant qu'avant de partir en guerre l'armée lui avait confié la garde d'un chiot. Il devait en prendre soin jusqu'à ce qu'il grandisse. Il arriva le moment où on lui demanda de démembrer et de tuer le chien. Il en fut grandement traumatisé. N'était-ce pas le but ? Changer la manière dont son cerveau fonctionne, le conditionner.


L'armée, une organisation qui voue un culte à la virilité, est aussi un milieu qui entretient la haine des femmes où les agressions sexuelles font légions ; il semblerait qu'il y ai une corrélation entre le regroupement d'hommes et le désir d'exacerber sa masculinité pour impressionner ses compagnons.


Comme les soldats, les employés travaillant dans l'industrie de l'exploitation animale sont principalement des hommes qui cherchent à prouver leur virilité. Ils sont aussi incités à ne pas voir les animaux comme des êtres méritant d'être respectés, tout est fait pour rendre la cruauté machinale et ennuyeuse. Cela semble logique si l'on veut que l'employé (ou le soldat) ne craque pas émotionnellement et fasse ce qui lui est demandé de faire. Rendus complètement insensibles à la souffrance des autres, ils sont capables de devenir de véritable machines de guerre, prenant du plaisir à massacrer leurs victimes, qu'ils perçoivent comme un ennemi ou pire... une femme On peut ainsi voir, dans les vidéos filmées en caméra cachée, des hommes sautant à pieds joints sur des poules, rouant de coups des truies, poignardant le corps des vaches, crevant les yeux de brebis, le tout en riant.


Ecrit au dessus de cette truie : "grosse salope égoïste"


"salope venue de l'enfer"


Dans une vidéo filmée en caméra cachée par PETA, on peut voir des employés s'évertuer à mettre des coups de pieds dans le ventre d'une truie enceinte. Dans une autre vidéo, on observe la technique couramment employée pour "euthanasier" les porcelets trop petits pour la consommation : un employé le prend par les pieds et le claque sur le sol cimenté. Les autres employés rient, tandis qu'il jette le petit corps, ensanglanté et tremblant, dans une poubelle, par dessus d'autres corps, luttant encore pour leurs vies.


Une autre enquête dirigée par PETA nous dévoile le comportement misogyne du superviseur d'un bâtiment spécialisé dans la reproductions des cochons. Il s'appelle Richard Ralston et du haut de ces 27 ans admettra à une série de viols sur les truies dont il avait la charge, tout cela enregistré en caméra cachée ; "quand j'en ai marre ou que je me fais mal ou que la putain de salope veut pas bouger, je lui enfonce une barre électrique dans l'anus". "Tu lui enfonce une barre dans l'anus ?" demande l'enquêteur (se faisant passer pour un simple employé). "Ouais, qu'elles aillent se faire foutre" répond le superviseur. Le lendemain, alors que Ralston et un autre employé sont occupés à rouer de coups de pieds une nouvelle truie, le chef se tourne vers l'enquêteur et lui dit "met ton doigt dans son cul". Lorsque ce dernier refuse, Ralston lui répond "met le dans sa chatte alors... sors ta bite, fais toi plaisir."



Plus tard, dans la salle de pause, ce même superviseur se vantent de "l'avoir mis à une truie avec une canne". Au départ, l'enquêteur pense qu'il parle d'avoir frappé une truie avec une canne, mais le chef précisera qu'il lui a "mis dans la chatte". Effaré, l'envoyé de PETA demande alors si ces pratiques aident à faire avancer les truies, "non, répond Ralston, c'est juste pour m'amuser". Ralston expliquera plus tard son comportement en disant qu'il souhait avoir l'air "macho" devant ses collègues.

Dans le même établissement, l'assistant manager, un homme plus âgé (Alan Rettig, 60 ans) et expérimenté (ancien manager de deux exploitations de cochons, totalisant 18 années d'expérience) criera régulièrement : "Frappe les fort ! Montre-leur ta bite ! Montre-leur ton pénis !" Plus tard le même homme conseillera : "Fais leur mal ! Imagine que l'un de ces fils de putes a effrayé une jolie petite fille de 17, 18 ans qui était excitée comme une putain de salope. Ca lui a fait peur ! Alors tu lui défonces la gueule." De multiples autres employés furent enregistrés électrocutant, tabassant, écrasant des truies handicapées, blessées ou effrayées.


Ce que je viens de décrire n'est pas une exception mais un comportement que l'on retrouve très régulièrement dans cette industrie. Ce ne sont pas les vidéos et témoignages qui manquent. C'est l'essence même de la violence masculine ; la quête de pouvoir, la destruction, le sadisme, la misogynie. Comme dans l'armée, lorsque la présence des femmes est minime et que les hommes sont livrés à eux-mêmes, ils se vautrent dans une surenchère de vulgarité, de cruauté et de violence, en particulier de violence sexuelle.

Vous aurez remarqué l'ironie du fait que je cite des recherches menées par PETA afin de dénoncer la misogynie intrinsèque à l'exploitation des animaux. PETA est un organisme à vocation végétarienne qui est réputée pour ses provocations misogynes. Les femmes véganes ont à affronter à la fois ceux qui défendent l'exploitation des animaux et en même temps la misogynie des hommes qui prétendent lutter avec elles.

Ainsi la même organisation qui dénonce les mauvais traitements infligés aux truies imaginera des publicités qui perpétueront l'exploitation des femmes. Les organismes qui prétendent lutter pour les droits des animaux choisissent souvent d'interpeller le public en plaçant les femmes dans le rôle des animaux victimes, autrement dit : ils font exactement la même chose que le carnisme. Tant est si bien qu'il est souvent difficile de distinguer une publicité pour de la viande, une affiche sado-masochiste ou une campagne pour le végétarisme.



Avec ce genre de publicité, ces militants ont choisi d'adhérer à l'idée qu'il faut être humain pour mériter la compassion. En remplaçant les animaux exploités par des humains, ils rendent la victime invisible et incitent le public, non pas à voir les autres animaux comme nos égaux, mais à prendre en compte la souffrance seulement si elle nous met en scène. Le concept est voué à l'échec car les modèles choisis sont majoritairement féminins et que si l'objectification et la souffrance des femmes inspiraient la compassion alors les carnistes ne s'en serviraient pas dans leurs publicités. Dans tous les cas, la moindre des choses, il me semble, lorsque l'on prétend lutter pour des individus est de centrer ces individus et non de les faire disparaître. Et cette mise en scène est d'autant plus choquante qu'à travers le monde de nombreuses femmes et filles sont encore utilisées comme incubatrices et torturées exactement comme sur ces images. Les femmes ne sont pas "privilégiées" ou épargnées. Elles sont perçus comme des corps à utiliser au même titre que les autres animaux.


Le mouvement végane est principalement composé de femmes (79% selon une étude récente). Pourtant, si les femmes sont plus nombreuses dans les mouvements défendant les droits des animaux, ce sont souvent les hommes qui ont la parole. Ils publient livres après livres, tiennent des conférences, sont invités sur les plateaux de télé et les femmes, celles qui tiennent la tranchée, sont priées de rester dans l'ombre comme à leur habitude. La politique est affaire d'hommes, surtout lorsqu'il y a de l'argent à en tirer. (voir mon article Misogynie de gauche)

En plus de devoir affronter l'hostilité des hommes dans leur propre mouvement, les femmes doivent faire face aux critiques extérieures, qu'elles leur soient adressées pour disqualifier le féminisme ou le véganisme. Les techniques et arguments avancés sont terriblement similaires et il est difficile pour les femmes de défendre leurs points de vue politiques sans être considérées comme "agressives", "frustrées", "aigries", "froides". Le ton n'est jamais le bon, car ce qu'on attend véritablement d'elles serait qu'elles se taisent. Les véganes sont facilement ciblés parce que considérés comme féminins par nature : la compassion est une qualité féminine. Ce qui est féminin attire l'hostilité et de manière générale les gens aiment commenter sur ce que les femmes devraient ou ne devraient pas faire de leurs vies et en particulier ce qu'elles devraient ou ne devraient pas manger. Les véganes font donc partie des groupes sociaux et politiques les plus détestés.

« Et la carotte, elle crie quand tu l’arraches ? », « Tu veux pas manger Bambi ? ». Ces remarques prennent souvent une tournure homophobe quand elles s’adressent à des garçons : « Tu n’es pas une fillette ! », « Tu n’es pas une fiotte ! ». L’imputation se double de préjugés sexistes : la sensiblerie, émotion dénuée de raison, est féminine par nature, et un « vrai mec », maître de lui-même et « raisonneur » selon l’idéologie viriliste, se doit par contre de manger de la viande sans état d’âme. L’acceptation sociale du végétarisme des femmes (qui semble un peu plus facile que celle du végétarisme masculin) s’explique peut-être alors par le fait que nous sommes déjà dévalorisées et délégitimées en tant que femmes : nous sommes d’emblée suspectes d’émotions peu raisonnables et on ne saurait de toute façon véritablement prendre notre propos au sérieux. - La végéphobie
«Manger de la viande signalerait la maturité affective et la virilité; à l’inverse, l’exigence de justice envers les animaux serait la marque infamante des petites filles ou des hommes efféminés.» - Pourquoi déteste-t-on les vegans ?
Deux sociologues ont étudié la manière dont les médias britanniques présentaient les véganes. Après avoir codé tous les articles mentionnant le véganisme en 2007 au Royaume-Uni, ils ont constaté que 5% le présentaient positivement, 20% de façon neutre et 75% négativement. Dans cette dernière catégorie, le véganisme est souvent tourné en ridicule, décrit comme un ascétisme, une diète difficile, voire impossible à suivre ou comme une mode passagère. Les véganes, quant à eux, sont trop sensibles ou carrément hostiles. - Voir son steak comme un animal mort

Frivole, superficielle, un amas de sensiblerie pour les uns. Extrémiste, agressive, exagérée pour les autres. La lutte pour le véganisme est perçue de la même manière que la lutte féministe : ridicule et oppressive. Ses militantes doivent faire face à un dénigrement généralisé. Les attaques ad hominem pleuvent. La "mégère hystérique" n'est jamais loin.


Et pourtant, toutes les féministes ne sont pas véganes, loin de là. Certaines féministes n'aiment pas ce type d'articles. Elles répondent "je n'ai pas besoin d'être végane pour être féministe !" et c'est vrai. Même si les points de convergence sont nombreux, je pense que l'on peut être féministe sans être végane. Simplement, on admettra ainsi ne pas être opposée à l'injustice, la cruauté et l'exploitation en général mais seulement quand nous en sommes les victimes. Je pense que c'est un manque de cohérence. Peut-on être féministe sans être anti-capitaliste ? Peut-on lutter contre l'homophobie tout en étant raciste ? D'une certaine manière, peut-être. Mais la raison se heurtera toujours à un mur, inévitablement. C'est faire le tri dans les injustices et décider du niveau de cruauté et de suprématie que l'on tolère. Réaliser qu'aucune n'est tolérable ne rend certes pas la vie plus facile, mais elle rend la lutte plus sensée, plus claire et plus juste. Parce que lutter contre le spécisme c'est lutter contre la suprématie masculine, et vice versa, je suis végane et féministe.




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