Procès de la filière djihadiste de Strasbourg

Publié le 3 juin

« Quand je suis parti, j’ai eu enfin le sentiment de faire quelque chose de courageux dans ma vie ». C’est ainsi que l’un des prévenus, jugé dans le procès de la filière dite de Strasbourg, tente d’expliquer les raisons de son départ en Syrie. Une réflexion qui sonne lourd dans une salle d’audience comble venue tenter de comprendre l’une des pièces du puzzle qui a conduit aux attentats parisiens du 13 novembre dernier.

Au total, sept prévenus âgés de 24 à 27 ans comparaissent depuis lundi 30 mai devant la 16ème chambre du tribunal de grande instance de Paris pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. Ils sont soupçonnés d’appartenir à la filière djihadiste de Strasbourg, considérée comme l’une des filières terroristes les plus importantes en France. De ce groupe d’amis d’enfance parti en Syrie, sept ont fait le choix de revenir en France quelques mois plus tard, « déçus » selon eux de n’avoir pu mettre à bien leur projet humanitaire une fois sur place. Le frère de l’un d’eux, Foued Mohamed-Aggad a lui aussi fait demi-tour, mais deux ans plus tard, pour venir se faire exploser au Bataclan.

Depuis leur retour sur le sol français, les prévenus clament haut et fort leur naïveté et leur désillusion une fois arrivés en Syrie. Pour eux, ce départ n’était nullement motivé par des convictions religieuses mais par le projet humanitaire d’aider les civils décimés par le régime de Bachar El-Assad.

Mais déjà, un malaise s’installe dans la salle d’audience à la lecture des échanges entre les prévenus avant leur départ en Syrie. «Le prochain tir ce sera sur des vraies cibles, en mouvement » avance l’un d’eux dans une conversation facebook en 2013, soit un an avant le départ. « De la pure ironie » s’agace l’un des prévenus, Karim Mohamed-Aggad. « Il suffit de voir le nombre de MDR et LOL qui ponctuent la conversation » ajoute son avocate, Maitre Françoise Scotta. Mais la salle a du mal à sourire à ce trait d’esprit. La conversation entre les deux comparses sonne tristement comme une prophétie de la tuerie qui devait être perpétrée quelques mois plus tard par le frère de ce dernier au Bataclan.

La Présidente tente alors d’interroger les prévenus sur la manière dont a été organisée en amont leur voyage. Car elle sait que ce sont précisément ces détails qui vont permettre de déterminer si les prévenus peuvent être condamnés pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste. S’ils ont coordonné leurs départs pour ne pas être repérés, s’ils avaient connaissance d’être recrutés comme futurs terroristes, s’ils ont été financés par Daech pour leur voyage.

Mais l’audience s’enlise. A chaque nouvelle question, un dialogue s’installe en miroir entre les prévenus dans les deux box qui se font face. A tour de rôle, chaque prévenu livre sa version des faits, parfois hésitante, parfois contradictoire avec les déclarations précédentes. « J’ai un peu l’impression qu’on tourne autour du pot » finit par lancer Karim Mohamed-Aggad, excédé après deux heures d’interrogatoire dans le box. Et pour cause.

Des motivations réelles des comparses pour rejoindre la Syrie, le tribunal n’en saura rien, ou du moins pas plus que ce que les prévenus se décident à laisser transparaître. Ils reconnaissent volontiers être partis pour combattre le régime de Bachar El Assad mais nient toute intention terroriste. L’un d’eux reconnaît finalement du bout des lèvres avoir soupçonné partir pour Daech. « Mais cela n’avait pas d’importance pour nous le groupe qui allait nous accueillir, ce qui comptait c’était de partir pour venir en aide aux civils sur place » explique-t-il.

Le tribunal bute en réalité sur l’absence des deux figures centrales de ce procès. Le fantôme de Foued Mohamed-Aggad, mort en martyr au Bataclan, et dont la justice ne pourra jamais avoir aucun éclairage. Mais aussi Mourad Farès – actuellement détenu à Fleury-Merogis – à l’origine de l’idée d’un départ en Syrie chez les prévenus, et considéré comme le principal rabatteur français de la filière djihadiste en Syrie. « Son témoignage pourrait apporter bien des réponses sur l’organisation du départ » arguent les avocats de la défense qui s’indignent que le Ministère public ne l’ait pas fait citer comme témoin à l’audience. Mais son extraction de prison est jugée trop risquée matériellement par la justice. Parce que le risque d'évasion est trop élevé, mais surtout parce que chaque déplacement de Mourad Farès est l'occasion d'un embrasement de la prison de Fleury-Mérogis par nombre de détenus qui l'acclament en choeur, donnant à ce dernier une publicité dont la justice préférerait se passer.

Le seul instant de vérité du procès vient finalement de l’interrogatoire de personnalité des prévenus. Car au-delà de leur potentielle affiliation à Daech, c’est le portrait d’une bande de copains sans repères et sans avenir qui s’esquisse dans le box. « Je ne sais plus où j’ai ma place. On a risqué nos vies pour rentrer et on est traités de terroristes. Là-bas on était traités d’étrangers et d’imposteurs. C’est comme quand j’étais enfant. Quand j’allais au Maroc, on me traitait d’étranger, en France de sale arabe » explique Karim Mohamed-Aggad. Un sentiment de n’appartenir à aucun monde, la fierté d’impressionner une famille et un groupe d’amis d’enfance, l’effronterie de se sentir plus fort en groupe. Voilà ce que doit en réalité juger le tribunal pendant plusieurs semaines d’audience.

Une mission peut-être trop ambitieuse pour la justice ? La Présidente peine à enfermer les débats dans le cadre pénal et à ne pas empiéter sur le terrain des opinions religieuses des prévenus. « De purs délits d’opinion » s’offusque Maître Françoise Scotta qui saute sur l’occasion pour rappeler qu’il ne s’agit pas du procès du Bataclan et de l’islam intégriste.

Mais le tribunal semble manifestement s’être déjà forgé une opinion au deuxième jour du procès. Le délibéré est attendu pour le 6 juillet.

Instants de comparutions immédiates

Publié le 2 juin

« Je suis quelqu’un de très gentil au fond. J’ai juste un peu dérapé ce jour là ». C’est par ces premiers mots que le prévenu choisit de s’adresser au tribunal alors qu’il est entendu devant la chambre des comparutions immédiates de Nanterre pour violences sur son ancienne compagne. Rien ne permet de douter de ses déclarations au premier abord. C’est un homme calme et assagi qui se dresse dans le box des accusés, chemise blanche immaculée et petites lunettes lui donnant un air de jeune premier. Un homme qui jure avoir compris de ses erreurs lors de son séjour en détention provisoire et n’aspirer qu’à une seule chose, être un bon père pour son fils et vivre sereinement.

Mais très vite, c’est un tout autre profil qui se dessine à la lecture des faits par la Présidente. Alors que son ancienne compagne se baladait, le prévenu, décidé à s’expliquer sur les raisons de leur récente séparation, lui ordonne de monter dans son véhicule. Devant le refus de celle-ci, l’amant éconduit l’attrape par les cheveux et l’y fait entrer de force pour l’emmener dans un sous-bois. Une dispute violente éclate, la victime parvient à s’extirper du véhicule mais elle est très vite rattrapée dans sa course. A terre, il la roue de coups, la traine par les cheveux, puis se munissant d’un gourdin dans son coffre, entame de lui défoncer le crâne avant d’être stoppé dans sa fureur par un passant. Le rapport médical décrira un trauma crânien ainsi que de multiples fractures et ecchymoses.

La Présidente tente d’interpeller le prévenu sur la gravité de ses actes : « Vous rendez-vous compte que votre ancienne compagne a dit aux policiers qu’elle s’était vue morte ? Que se serait-il passé si personne n’était intervenu ? ». Le prévenu, un peu ennuyé par le récit de cette violence tente maladroitement de s’expliquer. « Je voulais juste discuter, je n’ai pas supporté qu’elle me quitte comme ça, j’avais besoin de parler. J’ai été aveugle de mon comportement, je ne voulais pas que ça se passe comme ça, je ne l’importunerai plus ».

Mais l’empathie de la salle est déjà passée de l’autre côté de la barre. Le coup de grâce est donné par un témoin de la scène venu témoigner à la barre. « Ce n’était pas un homme que j’ai vu ce jour la, c’était une bête furieuse ». Le psychiatre amené à évaluer le prévenu lors de sa garde-à-vue décrira pour sa part une personnalité pathologique qui nécessite des soins psychiatriques.

Comme pour s’excuser, le prévenu tente dans un ultime recours de reconnaître ses problèmes de violence : « C’est vrai, parfois j’ai des problèmes de violence je ne me rends pas compte. Merci Monsieur de vous être interposé entre nous. Je suis impatient de commencer un traitement psychologique pour mes problèmes de violence ». Mais les excuses du prévenu ne suffiront pas à adoucir le Procureur. Ce dernier entame un réquisitoire accablant : « Le prévenu est dans un déni total de ses actes. Il prétend les avoir compris et s’en excuser, mais il ne fait que louvoyer pour tenter d’échapper à la prison. Des actes d’une rare violence ? Oui mais je ne pensais pas aller aussi loin répond-il. Une séquestration dans la voiture ? Non, car elle aurait pu sortir à tout moment prétend-il. Il est clair que cet homme n’a rien compris ».

Le tribunal, partagé entre l’apparente sagesse du prévenu et le récit glaçant du rapport de police, penche finalement pour la version du Procureur et condamne le prévenu à une peine d’un an ferme assorti d’un sursis mise à l’épreuve avec obligation de soins et de formation. A l’écoute de la sentence, le prévenu, poings serrés et regard haineux, jette un dernier regard à la salle avant d’être évacué par un gendarme.

Instants d'audiences. Un autre regard de la justice pénale

Publié le 8 mai

L’angoisse. C’est le sentiment qui habite Sonia depuis qu’elle s’est levée ce matin. Car aujourd’hui n’est pas un jour anodin. C’est le jour de son procès. Le procès de ceux qui l’ont violée, à plusieurs reprises, dans un petit appartement sordide de la région parisienne, il y a près de six ans. Cela fait des jours et des nuits qu’elle revit ces instants qui ont bouleversés sa vie de femme. Ce matin, il lui a fallu beaucoup de courage pour venir affronter le regard de ses bourreaux au Palais de justice.

Oui mais voilà, lorsque l’audience s’ouvre, l’un des accusés fait défaut. Longtemps en fuite et sous le coup d’un mandat d’arrêt, il vient d’être rattrapé par la justice et d’être incarcéré. Mais faute de temps, ou d’une autre organisation judiciaire, son extraction n’a pas été organisée pour le jour de l’audience.

Les avocats de la défense n’ont pas demandé leur reste pour se saisir de cette absence et demander un renvoi de l’audience à une date ultérieure, afin de permettre à la Cour d’organiser l’extraction du dernier accusé et de voir les quatre accusés jugés tous ensemble. Il en va d’une « bonne administration de la justice » ont-ils plaidé.

Tiraillé entre l’intérêt de sa cliente et la confraternité, l’avocat de la victime s’est finalement associé à cette demande de renvoi. A l’annonce de la décision de la Cour de renvoyer l’affaire, Sonia a laissé éclater sa rage. S’appuyant sur l’épaule réconfortante de son avocat dont elle n’a manifestement pas saisi qu’il l’avait sacrifié sous l’autel de la confraternité, Sonia s’est effondrée. Des cris, des larmes, de l’incompréhension. Car ce procès, cela fait six ans qu’elle l’attend. Six longues années pendant lesquelles elle attend le jour où elle pourra faire entendre sa voix, affronter ses agresseurs et commencer à se reconstruire.

Mais l’intérêt de la bonne administration de la justice l’a emporté. La Cour a tranché. L’affaire sera renvoyée à l’année prochaine au plus tôt, faute de place disponible sur le calendrier surchargé de la Cour. Les raisons qui ont motivé ce renvoi demeureront à jamais dans la petite chambre feutrée attenante à la Cour dans laquelle les magistrats ont délibéré dans le plus grand secret. Ce qui est certain, c’est que Sonia rentrera ce soir avec le poids qu’elle porte depuis six ans.

C’est aussi ça la justice pénale.

Procès de Michel Neyret

Publié le 5 mai

Lorsqu’il entre dans la salle d’audience pour venir s’exprimer à la barre, Michel Neyret dégage l’aura des grands flics. Ce type d’une cinquantaine d’années à la gueule cassée et à la démarche affirmée semble tout droit sorti d’un film policier. Mais c’est surtout son pédigrée qui impressionne. La réputation des états de service de l’ex numéro 2 de la PJ lyonnaise le précède. Longtemps, Michel Neyret a incarné une légende pour le monde policier, un « flic à l’ancienne » qui a permis de démanteler de nombreux réseaux criminels grâce à des méthodes bien personnelles.

Ce sont aujourd’hui ces méthodes qui sont passées au crible de la justice. Poursuivi pour corruption et trafic d’influence passif, Michel Neyret est accusé d’avoir fourni des informations confidentielles à deux de ses anciens indics, Gilles Bénichou et Stéphane Alzraa, en échange de nombreux cadeaux. Il encourt 10 ans de prison et 7,5 millions d’euros d’amende.

Appelé à la barre pour s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés, celui que l’on imaginait diriger la brigade antigang d’une main de fer prend des distances avec son personnage. Au fil de ses déclarations, ce n’est pas l’image du grand commissaire de police que Michel Neyret donne à voir au tribunal mais celle d’un homme anéanti, déboussolé et trahi par ses anciens indics.

A peine reconnaît-il d’une voix fluette et feutrée son lien d’amitié avec un de ses anciens indics, le fameux Gilles Bénichou. Mais c’est pour aussitôt insister sur sa profonde naïveté. « J’ai été berné, trompé par Bénichou. J’ai été le pion de sa manipulation à trois bandes ».

A plusieurs reprises, le Président tente de le mettre en difficulté en pointant du doigt les multiples contradictions entre ses déclarations en garde à vue et celles à la barre. Mais Michel Neyret campe sur sa ligne de défense et martèle qu’il s’est fait berner et qu’il n’a jamais eu l’intention de faire usage de ses fonctions pour servir les intérêts de ses indics. Acculé par le Président sur ses incohérences, il finit par lâcher pour minimiser ses premières déclarations en garde-à-vue : « Vous savez, quand vous êtes commissaire de police pendant vingt ans et qu’on vient vous chercher un matin pour vous placer en garde-à-vue, il y a un gros choc psychologique ».

La salle d’audience se fait plus silencieuse. Car au-delà des méthodes policières qui interrogent la justice, c’est à la chute d’un homme qu’est en train d’assister le tribunal. L’on discerne presque une once de pitié dans l’œil du Président. Mais très vite, Michel Neyret est rattrapé par le cours de l’audience et par les déclarations de ses acolytes à la barre.

Chacun des trois autres prévenus interrogés par le président pointe du doigt les méthodes pour le moins particulières de Neyret. Ces grands flics dessinent les contours d’un code de déontologie de la gestion des indics par la police dont Michel Neyret semble s’être totalement affranchi. Gilles Guillotin (ancien de la PJ de Grenoble aujourd'hui retraité), explique ainsi : « Je prenais de nombreuses précautions dans ma gestion des indics. Je les rencontrais à l’abri des regards et je les contactais toujours avec un téléphone dédié. Chacun était d’ailleurs inscrit dans le fichier des indics ». Puis d’ajouter « Il ne faut pas inverser les rôles. C’est l’indic qui doit donner des infos. Pas l’inverse ». Son collègue, Jean-Paul Marty, (capitaine de la Pj, toujours en service), rappelle quant à lui qu’il a toujours fait la part des choses dans ses rapports avec les indics entre le travail et sa vie privée. « Je n’aurais jamais dîné avec eux par exemple » conclut-il.

A l’écoute de ces témoignages accablants, l’avocat de Michel Neyret finit par se lever pour pointer du doigt la question au cœur de ce procès. S’adressant aux trois prévenus : « N’est-il pas vrai, Messieurs, que grâce à Michel Neyret et aux informations qu’il a récoltées auprès de ses indics, de nombreuses affaires ont été résolues ? ». Les trois prévenus acquiescent, le regard au sol, comme soudain pris d’un certain malaise.

Car finalement, les méthodes troubles de Michel Neyret doivent-elles être sanctionnées par la justice car déviantes par rapport à la déontologie policière ou saluées pour leur efficacité dans la résolution des enquêtes ? Telle est la question à laquelle devront répondre les magistrats dans les prochaines semaines.

La Procureur a quant à elle manifestement déjà forgé son opinion. Alors qu’elle tentait de chercher Neyret sur les zones d’ombre de ses déclarations, elle finit par lâcher, exaspérée : « Vous pouvez essayer de nous faire croire ce que vous voulez, qu’il n’y a pas de règles avec les indics. Mais moi ce que je vois, c’est qu’il y a vos règles, et qu’elles ne font pas l’unanimité. Pour moi vous n’avez pas été berné, vous vous êtes laissé corrompre et vous avez fermé les yeux ».

Le délibéré est attendu pour le 24 mai.

Procès de Fatima Anechad, la "Veuve noire"

Publié le 27 avr.

Enigmatiques, elles ont le charme discret de la parfaite ménagère. Elles savent se rendre indispensables auprès de leur mari, leurs amants, leur foyer et tissent progressivement une toile autour de ceux dont elles finissent pas se débarrasser discrètement par vénalité ou par dépit amoureux. Les « veuves noires », qui doivent leur nom à l’araignée venimeuse dévorant ses courtisans, fascinent par leur insoupçonnable instinct criminel et la facilité déconcertante avec laquelle elles parviennent à duper leur entourage en arborant le profil de l’épouse dévouée et de la mère aimante.

Leurs procès sont souvent l’objet d’un déferlement médiatique et d’une bataille d’experts tant les preuves à charge sont difficiles à réunir et le doute quant à leur culpabilité omniprésent. Car ces femmes, dont les experts criminologues soulignent la longévité du parcours criminel, sont bien souvent maîtres dans l’art de la dissimulation, jouant sur la coïncidence malheureuse de la disparition répétitive de leurs proches pour s’attirer la sympathie et écarter les soupçons.

La plus célèbre d’entre elles demeure Marie Besnard, surnommée « l’empoisonneuse », et accusée d’avoir fait disparaître douze membres de sa famille entre 1927 et 1949. Son procès, qui a défrayé la chronique pendant près d’une décennie, s’est finalement soldé par un acquittement, faute de preuve permettant d’établir matériellement sa culpabilité.

Une coïncidence malheureuse que revendique également Fatima Anechad, accusée d’avoir assassiné son mari mystérieusement disparu en 2002, et dont le procès s’ouvrira le 9 mai prochain devant les assises de Paris.

La disparition mystérieuse du compagnon de Fatima Anechad en 2002

C’est une histoire passionnelle qui unit ces deux là, Fatima Anechad et Roger Bendeçon. Lorsqu’il la rencontre, ce bijoutier parisien d’une cinquantaine d’années, père de deux enfants et marié, tombe sous le charme de la magnifique Berbère. Très vite, il quitte sa première épouse et installe Fatima Anechad chez lui avec les trois enfants de cette dernière, nés d’un premier mariage. S’ensuivent des années de bonheur, de faste et de voyages pour la jeune famille recomposée. Mais en 2002, les affaires de Roger Bendeçon, naguère florissantes, se gâtent. Occupé à trouver des investissements pour un nouveau projet, il décide de se rendre au Maroc avec sa compagne qui aurait trouvé un filon de rachat de lingots d’or à un commerçant berbère de sa région natale. Le 30 mars 2002, le couple s’envole pour le Maroc, pour une semaine ou deux au plus, indique alors Roger Bendeçon à son frère et ses deux enfants majeurs dont il est très proche. Mais les proches de Roger Bendeçon ne le reverront plus. Cinq jours plus tard, Fatima Anechad rentre seule à Paris, arguant que son compagnon est resté sur place pour régler les derniers détails. Inquiets de l’absence de leur père, ses enfants interrogent Fatima Anechad pendant des jours. Elle finit par leur avouer que, poursuivi par des malfrats au Maroc qui en veulent à son argent, Roger Bendeçon est en réalité en fuite et ne souhaite pas les contacter pour les protéger. S’ensuivent alors des jours d’absence angoissants pour les proches de Roger Bendeçon. Jusqu’à ce jour où le frère de ce dernier, antiquaire de profession, découvre par hasard lors de sa lecture quotidienne de la Gazette Drouot, que de nombreux effets personnels de son frère sont mis en vente pour une somme de près de 500 000 euros. Parmi ces effets, la montre de Roger Bendeçon dont il ne sépare jamais depuis des années. C’en est assez pour la famille de Roger Bendeçon qui commence à douter de la version de Fatima Anechad et à la soupçonner. Mais Fatima Anechad se veut rassurante. Elle affirme avoir revu son compagnon, seule, à plusieurs reprises. Un soir à Paris, lors d’un déplacement de la fille du disparu vivant au domicile conjugal. Puis à Marseille où elle prétend qu’il se terre sous une fausse identité afin d’éviter les représailles. Des explications qui peinent à convaincre l’entourage du disparu jusqu’à ce qu’elle leur fasse entendre une preuve de vie : un enregistrement téléphonique récent dans lequel les proches du disparu reconnaissent clairement sa voix.

Une enquête qui piétine et qui est relancée par la découverte d’un élément accablant

Les doutes de la famille s’apaisent quelque peu, se raccrochant à cet enregistrement. Mais très vite, de nouveaux éléments viennent accabler Fatima Anechad. Des chèques sont émis de la société du disparu au profit de membres de la famille de Fatima Anechad, pour des montants atteignant quelques centaines de milliers d’euros. Surtout, Roger Bendeçon ne donne toujours pas signe de vie après des semaines. Une enquête est alors lancée. Mais faute d’éléments concrets, elle s’enlise rapidement. Jusqu’au témoignage accablant d’un ingénieur du son en 2007, cinq ans après la disparition. Celui-ci révèle ainsi aux enquêteurs que Fatima Anechad l’a payé en 2002 pour façonner ledit enregistrement de toutes pièces à partir de bribes de messages vocaux du disparu. Fatima Anechad est immédiatement mise en examen et placée en détention provisoire. Les enquêteurs découvriront que celle-ci est loin d’être désargentée comme elle l’a toujours prétendu et dispose d’un important patrimoine immobilier au Maroc.

Une histoire qui fait étrangement écho à celle de son premier mari

Coïncidence plus étrange encore, les enquêteurs font le rapprochement avec le premier mari de Fatima Anechad, lui aussi disparu dans des circonstances mystérieuses dans les années quatre-vingt. Son premier mari et père de ses enfants avaient en effet subitement disparu aux Antilles après que Fatima Anechad soit allée lui rendre visite. La famille de la victime, très attachée à Fatima Anechad, ne l’avait pas soupçonnée à l’époque. Surtout, ils devaient recevoir quelques temps plus tard une lettre de suicide semblant émaner du disparu, ce qui écartait définitivement leurs soupçons. Un élément supplémentaire qui pèse pourtant dans la balance et conduit le juge d’instruction, après douze ans d’enquête, à renvoyer Fatima Anechad devant les assises de Paris pour l’assassinat de Roger Bendeçon.

Une femme au profil psychologique intriguant

Les experts criminologues ayant eu à s’entretenir avec Fatima Anechad durant l’instruction décrivent « une femme sans spontanéité, manipulatrice, froide, indifférente, haineuse des hommes, à la recherche d'une certaine aisance financière, voire du faste ».

Fatima Anechad n’a de son côté jamais cessé de clamer son innocence. Elle n’aurait fait que couvrir son mari en fuite, et tenté de rassurer ses proches. Le faux enregistrement aurait été réalisé par dépit afin d’apaiser les proches du disparu. Quant à la disparition de son premier mari, elle ne serait qu’une coïncidence bien malheureuse dont elle serait la première victime. C’est bien parce que de nombreux éléments plaident également en sa faveur que Fatima Anechad a été remise en liberté sous contrôle judiciaire quelques mois après son incarcération en détention provisoire, assure son avocat.

Une remise en liberté que le juge d’instruction doit aujourd’hui regretter…

La disparition de Fatima Anechad depuis janvier 2016

Dernier rebondissement, au mois de janvier dernier, Fatima Anechad cesse subitement de se rendre au commissariat dans lequel son contrôle judiciaire l’oblige à pointer deux fois par semaine. Il faudra attendre le mois de décembre pour que ses absences soient pourtant révélées au juge d’instruction.

Le 8 mars, Fatima Anechad est convoquée devant la Cour d’assises de Paris pour son interrogatoire préalable. De nouveau, elle ne défère pas à cette convocation et un mandat d’arrêt international est décerné contre elle par la justice française.

Pour l’heure, Fatima Anechad semble toujours s’être mystérieusement volatilisée. Le bulletin d’audience affiché sur la porte de la Cour d’assises prévoit déjà une comparution par défaut et se prépare à ce que le banc des accusés reste vide pendant toute l’audience.

Instants de comparutions immédiates

Publié le 27 avr.

Le téléphone m’a dit « prends-moi ! »

Lorsque l’affaire de Mehdi S. est appelée, rien ne semble la distinguer des multiples affaires déjà entendues à la chambre des comparutions immédiates cet après-midi là. Une affaire somme toute classique pour les magistrats de la chambre. Celle d’un banal vol de téléphone portable dans le métro avec menace par arme blanche. Alors qu’une jeune étudiante allemande rentre de sa soirée un samedi soir dans une station de métro du 14ème arrondissement sans histoires, Mehdi S. se saisit du téléphone portable de cette dernière puis, prenant la fuite, sort un couteau afin de faire diversion et s’extirper de la station. Une fuite qui s’arrête quelques mètres plus loin par une rencontre fortuite avec les forces de police à la montée des marches. Questionné à la barre sur les circonstances de ce vol, Mehdi S. s’embarque alors dans une explication abracadabrante, arguant que s’il s’est emparé du téléphone de la victime ce soir là, c’est parce que celui-ci sortait à 90% de la poche de cette dernière.

Première salve du Président :

« Très bien très bien, le téléphone sortait à 90% de la poche de la victime et vous, vous vous en êtes emparé à 100%. Poursuivons vous voulez. »

Le prévenu, dont la malheureuse interprète peine à comprendre le sens de ses paroles :

« En fait, c’est le téléphone qui m’a appelé, il a dit « prends-moi ». Je ne voulais pas le voler moi, mais c’est lui qui m’a appelé. »

Alors le Président, interrompant l’interprète :

« Non mais il a vraiment dit ça Madame l’interprète? »

L’interprète hoche la tête, presque embarrassée de confirmer l’information.

L’affaire prend alors une toute autre tournure. S’il l’a « volé », ce n’est pas parce que le téléphone est « tombé par terre » et qu’il voulait le redonner à la victime qui l’aurait malencontreusement égaré sur un quai quelconque du métro parisien s’il n’était pas intervenu - ce qui semble être l’explication la plus répandue chez les prévenus comparaissant devant cette chambre… – mais parce que ledit téléphone lui aurait adressé un message quasi divin en le sommant de l’attraper.

Deuxième salve du Président :

« Vous êtes suivi par un psy Monsieur ? »

C’est au tour de l’avocat du prévenu – réveillé de ses songes par le Président qui n’hésite pas un petit tacle à la défense en le rappelant à l’ordre sur l’attention primordiale de l’avocat au moment de l’audition de son client - de s’embourber dans une explication vaseuse. Mehdi S. aurait été suivi pendant quelques temps par un psychiatre qui lui aurait prescrit un psychotrope. Mais il ne suivrait plus ce traitement car il aurait préféré en faire commerce sous le manteau, ce qui lui a valu une interpellation et une garde-à-vue pour trafic de substances vénéneuses il y a quelques temps.

Reprenant de la vigueur à l’écoute de ces explications, le Président se lance dans un nouveau match d’improvisation avec le banc des accusés et la défense.

« Ah mais formidable Maître, merci pour cette information que j’avais omis de relever au dossier. En plus d’être un voleur de portable c’est donc un trafiquant. Au moins, nous sommes davantage éclairés sur son profil psychologique. »

Puis dans une dernière diatribe au prévenu, le Président :

« Pourquoi vous avez sorti ce couteau sans raison apparente, vous aviez bu ? Vous consommez régulièrement de l’alcool ? »

Le prévenu :

« Ah non, moi j’ai arrêté il y a quelques jours parce que c’est le ramadan bientôt. »

Le Président :

« Oui bien entendu, vous avez arrêté il y a quelques jours parce que c’est BIENTÔT le ramadan. C’est pour ça qu’il y a un tire-bouchon dans votre fouille. C’est logique. »

Ça y est, c’en est finit de la courte audience de Mehdi S. Il peut se rasseoir, son avocat aussi, le maître de cérémonie en a décidé ainsi.

Car celui qui concentre l’attention dans l’austère et silencieuse salle d’audience de la 23ème chambre, ce n’est pas Mehdi S., mais lui, le maître de cérémonie, le Président d’audience. Ce dandy à la barbe soigneusement taillée et gominée et au catogan bien tiré, a la verve des familles aristocrates si bien qu’on le croirait tout droit sorti de l’univers onirique de Wes Anderson et de son Grand Budapest Hôtel. Drôle de contraste avec les prévenus sur le banc des accusés qui, à quelques mètres à peine, ont la dégaine de ceux qui ont passé une, et pour la plupart plusieurs, journées en cellule de garde à vue.

Finalement, les explications fournies par la défense auront presque convaincu, ou le profil psychologique du prévenu aura attendri le Président. La peine a été fixée à 6 mois dont 3 avec sursis sans mandat de dépôt, ce qui lui permettra d’aménager cette peine avec un juge d’application des peines sans faire de saut par la case prison.

Procès du meurtre d'Aurélie Fouquet

Publié le 12 avr.

22 ans d'emprisonnement requis contre Rédoine Faïd

« Le code d’honneur, c’est juste un joli mot pour dire les petits arrangements des malfaiteurs entre eux »

Voilà ce qui résulte, selon Madame l’Avocate Générale Maryvonne Caillibote, de ces six semaines d’audience passées à tenter de faire jaillir la vérité du banc des accusés.

L’ombre de la loi du silence

Au total, neuf hommes sont jugés devant la Cour d’assises de Paris depuis le 1er mars pour l’attaque avortée d’un fourgon blindé en mai 2010 qui s’était soldée par une course poursuite et la mort de la jeune policière municipale de Villiers-sur-Marne Aurélie Fouquet. Parmi ces hommes, le fantasque et médiatique Rédoine Faïd. Déjà jugé à deux reprises devant la Cour d’assises pour braquage, il s’était fait connaître du grand public en 2011 lors d’un reportage réalisé par Jérôme Pierrat – Spécial Investigation : Caïds des cités, le nouveau grand banditisme diffusé sur Canal + - puis en 2013 lors de son extraordinaire évasion de la prison de Sequedin (Nord). Au cours des six semaines de ce procès hors norme, pas moins d’une centaine de témoins, d’une vingtaine de victimes et d’experts ont été entendus à la barre. L’ombre de la loi du silence n’a pourtant jamais cessé de planer sur la Cour, laissant les parties civiles face à leurs interrogations. Le 11 avril, c’était au tour de l’Avocat Général de prendre ses réquisitions à l’encontre des accusés et de tenter de livrer le scenario du drame.

La reconstitution du commando

Méthodiquement, Madame l’Avocat Général a disséqué le cas de chacun des accusés un à un, détaillant chaque élément à charge, chacun de leurs liens, dessinant petit-à-petit une image de l’équipée sanglante. Car ce qu’il faut retenir, n’a cessé de marteler la représentante du Ministère public, ce ne sont pas chacun de ces éléments qui, pris isolément, « ne valent pas grand chose » mais « l’image d’ensemble ». Les traces ADN retrouvées ça et là, la proximité géographique entre les accusés, les liens qu’ils ont tissés au fil de leurs séjours respectifs en prison. Ce sont là, selon elle, les preuves que les accusés ont bien tous œuvré, chacun dans un rôle très précis, à l’attaque du fourgon blindé qui a coûté la vie à Aurélie Fouquet.

Rédoine Faïd, un homme manipulateur et divergent

De Rédoine Faïd, l’homme médiatique de ce procès, elle dresse le portrait au vitriol d’un homme expert en art de la manipulation et prêt à tout pour sa liberté. Elle rappelle ainsi sa fuite, alors que sa femme se trouvait en garde-à-vue, la facilité déconcertante avec laquelle il rejette systématiquement ses responsabilités sur d’autres, accusant tantôt le journaliste Jérôme Pierrat de trahison, tantôt son frère « d’abruti ». « Il y a là une inélégance assez remarquable pour quelqu’un qui souhaite pourtant afficher tout le contraire » jette Madame l’Avocat Général à celui qui semble absent depuis le début de l’audience, le regard dans le vide, comme assistant au spectacle de son procès sans vraiment y prendre part. Car depuis le début de ce procès, Rédoine Faïd se présente comme un repenti qui aurait depuis longtemps quitté les bancs de la grande criminalité. Au cours de ses auditions, celui qui se dit étranger à toute participation dans l’attaque n’a cessé de clamer son attachement aux valeurs morales, son sens du devoir et de l’honneur. Mais c’est l’image d’une personnalité divergente qu’aura finalement retenue Madame l’Avocat Général dans son réquisitoire. Celle d’un homme qui entretient avec la vérité un rapport particulier.

« Mettez tous ces noms sur une feuille et vous verrez que se dessine une étoile avec au centre Rédoine Faïd »

« Alors ce ne sera pas, clame Madame l’Avocat Général, pour un plein d’essence que Rédoine Faïd devra être condamné ». Le Conseil de Rédoine Faïd avait en effet employé cette habile formule il y a quelques semaines pour pointer du doigt la faiblesse de l’accusation qui ne repose que sur une vidéosurveillance de station service ayant identifié Rédoine Faïd la veille du drame. Si Rédoine Faïd doit être condamné, avance l’Avocate Général, c’est bien parce que l’ensemble des éléments révélés au cours de ce procès trahissent son implication dans ces braquages qu’elle qualifie de « semi-ratés », enfonçant une dernière fois celui qui se présente médiatiquement comme l’un des plus grands braqueurs de ces dernières décennies.

Ce sont donc 22 années de réclusion criminelle avec une peine de sûreté aux deux-tiers qui ont été requises contre Rédoine Faïd, contre 8 ans pour les membres les moins impliqués du commando et 30 ans pour ceux dont la volonté criminelle a été établie.

A l’heure où se clôture le Réquisitoire du Ministère Public, le doute continue de planer sur la Cour d’Assises de Paris. Des derniers instants d’Aurélie Fouquet, la Cour n’aura eu que les descriptions du rapport du médecin légiste et les récits de ses collègues présents sur place au moment de la fusillade. Les avocats de la défense prendront la parole demain mais leurs clients, eux, resteront très certainement dans le silence dans lequel ils se sont emmurés depuis le début du procès. Le verdict est attendu pour le 15 avril.

Procès de l'électricien

Publié le 5 avr.

Lorsqu’elle s’avance vers la barre pour témoigner, Julie semble se faire toute petite, épaules rentrées, tête baissée, comme pour s’excuser. Pour s’excuser de ne pas faire partie des victimes les plus graves car, selon ses mots, « par rapport aux autres, ce n’était presque rien».

Cet après-midi de 1990, Julie avait à peine dix ans. Alors qu’elle rentrait dans son immeuble, un homme âgé d’une cinquantaine d’années qui se trouvait dans le hall lui a demandé de l’aider à réparer le compteur électrique. Comme pour les autres, il a prétexté être électricien et devoir intervenir pour réparer un compteur électrique de son immeuble. Comme les autres, Julie l’a cru. A elle aussi, on lui avait pourtant répété qu’il ne fallait pas faire confiance aux inconnus. Mais « il n’avait pas l’air menaçant ». A cet instant pourtant, Giovanni Costa avait flairé sa proie. Le même scenario glaçant, rapporté inlassablement par chacune des victimes quasiment au mot près, s’est mis en route. Giovanni Costa prétendant ne pouvoir accéder au compteur électrique situé trop haut lui a proposé de la porter afin qu’elle puisse y accéder. La saisissant d’abord à la taille, Giovanni Costa s’est vite empressé de passer ses mains sous son tee-shirt puis de la saisir au niveau du sexe et de la caresser. C’est alors que Julie lui a demandé de redescendre et il l’a reposée à terre, comme s’il ne s’était rien passé. « Tu as été très gentille avec moi » a ensuite glissé Giovanni Costa avant de la saisir de nouveau pour l’embrasser dans le cou et disparaître de l’immeuble.

Julie reconnaît quand même qu’il y a eu « un avant et un après ». Un après dans lequel elle n’a pu se déplacer seule dans le quartier pendant des mois, pendant lequel elle a tremblé à l’idée de le recroiser et que « ça aille plus loin ». « Mais j’ai de la chance insiste-t-elle, il n’y a rien eu d’autre ». Puis, se reprenant avec une voix encore plus feutrée, « il n’y a pas eu pénétration ».

La culpabilité des victimes de violences sexuelles n’attend pourtant pas la pénétration. Comme toutes les autres victimes de Giovanni Costa, Julie avoue avoir eu honte, avoir douté de ses souvenirs, de ses déclarations. Longtemps, elle reconnaît avoir ressassé cet épisode, se demandant si au fond, Giovanni Costa n’était pas réellement un électricien et qu’elle n’avait pas fantasmé toute cette histoire et accusé un innocent à tort. Aujourd’hui Julie sait qu’elle avait dit vrai. Elle sait que cet après-midi là, ce dont elle a été victime s’appelle une agression sexuelle. Aujourd’hui, depuis que la police l’a recontactée en 2013 au sujet de l’enquête qu’elle venait d’ouvrir à l’encontre de Giovanni Costa, Julie sait qu’elle est une victime.

Pourtant, ce n’est pas en qualité de victime que la justice l’a appelée à la barre aujourd’hui. Aujourd’hui, devant la Cour d’assises, Julie a été entendue en qualité de simple témoin car les faits sont, pour elle, comme pour toutes les femmes qui se sont présentées à la barre cette après-midi, manifestement prescrits. Alors demain, Julie, Maria, Mariella, Mélanie, Isabelle reprendront le cours de leur vie, comme si ce procès n’avait jamais été leur procès.

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    Un fan

    Quelle prose ! :)

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    Nina

    - passez votre chemin, il n'y a rien à voir !" Mais non, au contraire. Prenez le temps de lire ces chroniques bien écrites et tres documentées ( l'auteur a un regard aiguisé sur les prétoires).
    Pour moi, complètement ignorante de ce qui se passe derrière les murs impressionnants des tribunaux, c'est une sacrée découverte sur tout un pan de la "vraie vie". J'y apprends la misère morale des plaignants et aussi parfoisl'incroyable et minable panache des accusés.
    On sent derrière toutes ces chroniques, car toutes intéressantes et porteuses d'empathie et d'humanité, le désir de comprendre pourquoi et comment ces personnes, nos semblables, nos frères, ont pu se retrouver la.
    On en redemande de ces écrits qui nous font enfin mieux saisir la fragilité de notre société et qui éclairent notre pensée.